Le Sauvignon blanc, le cépage international tendance

On le décrit comme étant « exubérant ». Il se vinifie en blanc et fait partie des 7 cépages les plus plantés au monde. Sa palette aromatique est large et s’exprime différemment selon l’endroit où il est cultivé. Ses fans sont nombreux. Chaque année, la journée du 6 mai lui est dédiée. Son nom ? Le sauvignon blanc. Quelle est son origine ? Ses arômes ? Zoom sur ce cépage international tendance et le concours mondial qui lui est dédié.

Sommaire :

  • L’origine du sauvignon
  • Quelle surface ? Où est-il cultivé ?
  • Quelle est la palette aromatique du sauvignon blanc ?
  • Capacité de vieillissement
  • Le concours Mondial du Sauvignon

L’origine du sauvignon

Selon le site du Concours Mondial du Sauvignon, “ le sauvignon est un cépage d’origine française, qui descend probablement du savagnin”. Plus précisément, pour le guide hachette des vins, il est originaire de la vallée de la Loire et du Bordelais. On le surnomme différemment selon les régions. On l’appelle, par exemple, savagnou dans les Pyrénées-Atlantiques, ou encore libournais en Dordogne.

Quelle surface ? Où est-il cultivé ?

Selon le rapport OIV (Organisation Internationale de la vigne et du vin) 2017, le sauvignon blanc couvre 123 000 hectares dans le monde. Il se situe au 7e rang des dix principaux cépages plantés dans le monde. A titre de comparaison, le cépage le plus planté au monde est le cabernet sauvignon avec 341 000 hectares. Un tiers des superficies mondiales du sauvignon se situe en France. Principalement en Languedoc-Roussillon (29 % du sauvignon blanc français), dans la Loire (27 % des cépages blancs de la région) et à Bordeaux (45 % des cépages blancs de la région).

Il est cultivé dans 30 autres pays, notamment la Nouvelle-Zélande, le Chili, l’Afrique du Sud, les Etats-Unis, l’Australie, la Bulgarie, l’Espagne, et même le Mexique.

Quelle est la palette aromatique du sauvignon blanc ?

Sa palette aromatique est large. On le dit exubérant, car il se caractérise souvent par son intensité aromatique au nez et en bouche. Comme le note le site du Concours Mondial du Sauvignon : ” il se distingue par sa fraîcheur conséquente, ses notes d’agrumes (citron, pamplemousse, orange), de fleurs blanches (tilleul, iris) et ses notes végétales (buis, herbe coupée) dans les climats plus frais. Dans les vignobles plus ensoleillés, les notes tropicales (fruit de la passion, ananas) dominent souvent et accompagnent des arômes de pamplemousse rose attribués aux thiols volatils formés après la fermentation alcoolique”. Sa préférence pour s’exprimer pleinement ? Les climats frais et tempérés.

Capacité de vieillissement

Sa garde moyenne est d’environ 5 ans, allant jusqu’à 20 ans ou plus pour les vins liquoreux. Un vieillissement en barrique peut permettre de prolonger sa longévité.

Le concours Mondial du Sauvignon

Comme le monde entier est devenu fan de ce cépage, désormais tendance, un concours lui est dédié. Son nom : le Concours Mondial du Sauvignon. Il s’est déroulé pour sa 13e édition dans la ville de Torres Vedras au Portugal en mars 2022. “Il s’agit du plus grand et du plus important concours international de vins de Sauvignon de la planète”, précise Quentin Havaux, l’organisateur du concours. Pendant 2 jours, 1120 échantillons de 23 pays producteurs (dont la France, l’Italie, l’Autriche, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud et le Chili) ont été dégustés à l’aveugle par des sommeliers, distributeurs, journalistes et faiseurs d’opinions de tous les horizons de l’industrie.

Les cinq premiers pays en nombre de médailles sont la France, l’Autriche, l’Italie, l’Afrique du Sud et la République Tchèque. La région la plus récompensée cette année est le Val de Loire avec 100 médailles. La Styrie (Autriche) se classe deuxième avec 71 récompenses. “Cette année, les vins autrichiens avec leur élevage en fût, identifiés comme vins boisés, ont remporté un vif succès auprès des dégustateurs”, note un expert. Bordeaux, qui élève aussi des sauvignons en fût, se positionne à la troisième place avec 22 médailles. Comme le note la journaliste et dégustatrice Sharon Nagel : “la filière a su optimiser le potentiel d’un cépage apte à séduire les consommateurs, et à faire progresser son rayonnement international”. Une tendance de fond à découvrir prochainement sur votre site www.bourrasse.com/actualites/

 Anne Schoendoerffer

Sources : cmsauvignon.com, www.hachette-vins.com, www.oiv.int, © exclusive-design/AdobeStock

Les bonnes nouvelles des bulles champenoises

L’AOC Champagne renoue avec les bonnes nouvelles tant sur le plan des expéditions que sur l’engagement croissant des vignerons bio, encore peu nombreux. Quel est le marché du Champagne en 2021 ? Quelles sont les ventes de champagnes bio en GMS en 2021 ? Quels sont les chiffres clefs du vignoble champenois en agriculture biologique ? Point sur cette appellation en effervescence côté marchés et côté bio.

Le marché du Champagne en 2021

La Champagne retrouve le sourire après l’impact de la pandémie. Selon les derniers chiffres publiés en janvier 2022 par le comité Champagne, les expéditions totales de Champagne en 2021 s’élèvent à 322 millions de bouteilles, soit + 32 % par rapport à l’année 2020. Le marché français est en hausse de 25% avec près de 142 millions de bouteilles et revient au niveau de 2019. L’export continue sa progression avec un nouveau record à 180 millions de bouteilles.

Pour Maxime Toubart, président du Syndicat Général des Vignerons, co-président du Comité Champagne : « Ce rebond est une bonne surprise pour les Champenois après une année 2020 très impactée (-18%) par la fermeture des principaux lieux de consommation et l’absence d’événements dans le monde entier »

Zoom sur les ventes de champagnes bio en GMS en 2021

Les ventes de champagnes bio en GMS en 2021, représentent seulement 0,5% des ventes de champagnes en volume et 0,6% en valeur. Néanmoins, comme le précise Sarah le Douan, chargée de mission observatoire à l’Agence bio, lors d’une conférence sur Millésime Bio 2022 :

“entre 2020 et 2021, les ventes ont augmenté +23,1% en volume et +23,6% en valeur, notamment grâce à la forte hausse des ventes en hypermarchés (+50,7% en volume et +49,2% en valeur), la hausse en supermarchés (+15,5% en volume et +17,2% en valeur) alors que le hard discount a chuté (-61,8% en volume et -54,2% en valeur) et que les ventes en drive ont reculé (-22,3% en volume et -20,0% en valeur)”.

La viticulture biologique en Champagne bio

En 2016, les surfaces cultivées en agriculture biologique en champagne  représentaient à peine 2% de la surface. En 2019,  Pascal Doquet, entre autres président de l’association des champagnes biologiques (ACB), nous confiait “que la surface certifiée en AB était de 3,1 %”. En 2020, elle est passée à  5,7 % de la surface viticole champenoise. Selon l’ACB, “si les notifications enregistrées à l’Agence Bio sont bien confirmées par l’Observatoire Régional de l’AB, le vignoble bio et en conversion devrait atteindre 2730 ha, soit environ 8% de la surface de l’appellation”, soit une augmentation de +43% (chiffres non consolidés à date). Concrètement, fin décembre 2021, ils sont 567 domaines à produire des vins bio.

Les Champenois à Millésime Bio 2022

Sur le salon mondial du vin biologique, parmi les 1450 exposants, 11 champenois exposaient dont Pascal Doquet qui participe pour la deuxième fois en présentiel. Il constate : “cette année nous avons vu principalement des acheteurs français déterminés car nous sommes très peu à être présents”. Avec sa femme Laure, ils cultivent 8,6 hectares, dans la Côte des Blancs et dans les Côtes du Perthois. Ils sont certifiés AB depuis 2009. Deux coopératives étaient également exposantes : La maison de vignerons Chassenay d’Arce et Champagne H.Blin qui se positionne comme “la première et la seule coopérative pendant des années à avoir commercialisé des vins en agriculture biologique. C’était en 2013” selon son directeur Daniel Falala. Comme, l’observe Pascal Doquet “les champagnes bio sont en train d’évoluer grâce aux jeunes sommeliers, en France et à l’international qui ne veulent plus présenter que des grandes marques champenoises, mais proposer des vins de vignerons qui ont une histoire, une origine, un terroir”.

 Anne Schoendoerffer

Sources : www.champagnesbiologiques.com, www.champagne.fr, ©ANNA BERDNIK/Adobestock

Quels sont les pionniers du développement durable ?

Le développement durable fait partie des politiques des producteurs du nouveau monde depuis… le siècle dernier ! A cette époque, l’Europe  fait le choix de l’agriculture biologique. Le développement durable, c’est quoi ? Quelle est la vision de l’OIV ? Quels sont les pionniers de ces labels verts ? Retour sur les démarches en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud.

Sommaire :

Le développement durable, c’est quoi ?

La vision du directeur général de l’OIV, Pau Roca

Les pionniers du XXème siècle : la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud

Le développement durable, c’est quoi ?

Chaque pays producteur de vin, voire chaque région ou État, a sa propre vision du développement durable. Chacun mène, selon ses contraintes naturelles, économiques ou sociétales, sa green politique. Par conséquent, il existe une myriade de programmes qui sont globalement fondés sur le triptyque : environnement, social et économique.  Retenons la définition de la Commission Mondiale pour l’Environnement et le Développement de l’ONU de 1987 qui est : « Répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité  des générations futures de satisfaire leurs propres besoins ».

La vision du directeur général de l’OIV, Pau Roca

En 2020, en pleine pandémie, lors d’une conférence en ligne, Pau Roca, le directeur général de l’OIV (Organisation Internationale de la vigne et du vin) annonce : « les stratégies développées pour s’adapter aux impacts environnementaux, économiques et sociaux du changement climatique dicteront le bien-être futur du secteur. Les producteurs de raisin, heureusement, n’ont jamais été dans le déni car ils sont en première ligne des conséquences du changement climatique depuis des années. Nous entrons dans une nouvelle ère, dans laquelle un nouveau modèle économique doit être déployé, en mettant moins l’accent sur la croissance et plus sur la gestion de l’équilibre naturel. Et la crise du Covid-19 a renforcé ce besoin. Si la durabilité était une mesure unique ou un paramètre, nous atteindrions cette nouvelle ère économique où la performance est mesurée en fonction de la conservation d’un nouveau capital et d’une richesse limités : la conservation de la terre. La durabilité comme nouvelle valeur de croissance”.

Les pionniers du XXème siècle : la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud

L’industrie vitivinicole néo-zélandaise a créé son label « Sustainable Winegrowing New Zealand » (SWNZ) en 1994.   Pionnière, la Nouvelle-Zélande est également l’une des premières à avoir mis en place le programme carbone Zéro (et c’est important lorsque l’on est une île à l’autre bout du monde !). Le SWNZ prend en compte de nombreux facteurs comme : la biodiversité des cultures, les sols, les normes de l’eau et de l’air, l’utilisation de l’énergie, l’utilisation de produits chimiques, les déchets viticoles et vinicoles et les pratiques commerciales durables. Le programme reconnaît également d’autres certifications environnementales, y compris ISO 14001, et la production de vin biologique et biodynamique. L’adhésion à tous les programmes SWNZ est volontaire. Aujourd’hui, 96 % de la superficie viticole néo-zélandaise est certifiée SWNZ, et 10 % fonctionnent dans le cadre de programmes certifiés biologiques reconnus. Et plus de 90 % du vin produit en Nouvelle-Zélande est transformé dans des installations certifiées SWNZ.

L’Afrique du Sud a mis en place son programme IPW (Integrated Production of Wine) en 1998. L’IPW a adopté ​ une stratégie complète couvrant l’ensemble des étapes de la production de raisin, jusqu’à l’élaboration du vin : exigences de santé et de sécurité pour les travailleurs, réduction des produits chimiques et des pesticides, réduction de la consommation d’eau… Ce programme est lié avec la BWI (Biodiversity and Wine Initiative). BWI et IPW constituent ensemble le SWSA (Sustainable Wine South Africa). En 2016, 95 % des producteurs-exportateurs représentant 97 % des raisins récoltés adhéraient à la certification. Comme l’a déclaré Joël Rochard, ancien directeur du Pôle National Développement Durable à l’IFV (Institut français de la vigne et du vin), « ce système est ressenti comme un challenge motivant et non contraint, puisque les coûts supplémentaires engendrés sont compensés par le développement des ventes ».

 Anne Schoendoerffer

Sources :  Anne Schoendoerffer, www.nzwine.com, www.ipw.co.za

La consommation des vins bio en Europe ?

A l’occasion du salon Millésime Bio*, le mondial du vin biologique, les organisateurs publient une étude sur la consommation de vin bio en Europe**, réalisée en collaboration avec Ipsos. Sans surprise, elle continue sa progression depuis 2015. Mais avec des disparités sur les pays étudiés : France, Allemagne, Royaume-Unis. Quelle est la part de la consommation de ses vins ? Le profil de ces consommateurs ? Et leurs motivations et leurs freins pour les acheter. Point sur cette demande européenne.

Sommaire :

  • Quelle est la part de la consommation des vins bio ?
  • Quel est le profil du consommateur de vin bio ?
  • Les motivations et les freins des consommateurs européens

Quelle est la part de la consommation des vins bio ?

En préambule, comme le pointe l’étude, un constat important : la baisse de la consommation globale du vin. En 2015, les Européens étaient 82% à avoir consommé du vin au cours des six derniers mois et sur cette même période en 2021, ils n’étaient que 73%. Mais à l’inverse, celle des bio est en progression : 29 % des Européens l’ont ainsi intégré à leurs habitudes, contre 17 % en 2015. Les Français sont même 36 % à en consommer de façon habituelle, régulièrement ou de temps en temps, contre 17 % en 2015, soit plus du double !  En 2015, les anglais et les allemands étaient 18% et ils passent respectivement à 27% et 23%.

Cette consommation est par ailleurs devenue structurelle, à savoir elle s’est ancrée dans l’acte d’achat. Les européens ont intégré le vin bio dans leur panier de consommation. Comme le déclare Nicolas Richarme, Président de Sudvinbio, l’association qui organise le salon Millésime Bio : “nous sommes passés d’une consommation de curiosité à une consommation structurelle. L’écart s’est réduit entre les consommateurs qui déclarent avoir eu l’occasion de goûter à un vin bio, ne serait-ce qu’une fois dans leur vie, et les consommateurs réguliers.”

Quel est le profil du consommateur de vin bio ?

Le profil social type : c’est un homme, jeune, citadin, diplômé, il appartient au CSP +. En chiffres, ça donne : 46% des moins de 35 ans ont déjà consommé un vin bio alors que les plus de 55 ans sont seulement 38 %. Le niveau d’éducation est aussi un facteur de disparité́ : 48 % des plus diplômés ont déjà consommé du vin bio contre 25 % des moins diplômés. Le lieu de résidence crée également des écarts : ainsi 75 % des habitants de l’agglomération parisienne ont déjà eu l’occasion de goûter à un vin bio; C’est près du double de la moyenne européenne (39 %).

Les motivations et les freins des consommateurs européens

L’étude montre que le premier levier de consommation est l’empreinte écologique du vin bio.   Parmi les principales motivations à consommer du vin bio, 58 % des consommateurs allemands, 54 % des français et 50 % des britanniques citent le respect de l’environnement. La nouveauté qui émerge, est la dimension équitable prêtée au bio. Les allemands sont les plus sensibles à cette filière de production qui crée notamment plus d’emplois que la conventionnelle, avec 38%. Les français sont 35% et les anglais 31%.

Résultat, conscients des coûts de production plus élevés de l’agriculture biologique, 63 % des Européens (consommateurs ou non) sont prêts à payer plus cher pour des produits qui contribuent à préserver l’environnement, contre 57 % en 2015. En moyenne, ils dépensent 13,90 € pour un vin bio contre 11 € pour un vin non bio. Plus précisément, les anglais consentent à payer pour une bouteille AB 18,90 € (c’est + 6,6€ par rapport à 2015), les français 14 € (+ 5€ par rapport à 2015) et les allemands 10 € (+ 2,3 € par rapport à 2015).

Pourtant, parmi les freins à l’achat d’un vin bio, le prix ! 42% des anglais trouvent qu’il est trop élevé, 41% des allemands et 27% des français. En moyenne, ils sont 23% à déclarer ne pas en trouver facilement dans les magasins. Le frein majeur des consommateurs est le manque d’information. 40% des français n’ont jamais acheté de vin bio car ils se considèrent mal informés. Ils sont 41% des anglais et 26% des allemands. Paradoxalement, les Français sont les plus nombreux à savoir que le vin bio existe : 83 % des Français connaissent le vin bio mais seulement 50 % des Allemands et 43 % des Britanniques !

 Anne Schoendoerffer

* Le salon Millésime Bio est reporté. Il se tiendra à Montpellier du lundi 28 février au mercredi 2 mars 2022. La partie digitale se tiendra lundi 24 et mardi 25 janvier 2022.                                 

**MÉTHODOLOGIE : Échantillon de 3 000 personnes de 18 ans et plus (1 000 pour l’Allemagne,1 000 pour la France et 1 000 pour le Royaume-Uni) représentatif des populations concernées.  Méthode des quotas : sexe, âge, catégorie socio-professionnelle, région et catégorie d’agglomération. Échantillon interrogé par Internet entre  le 22 septembre et le 8 octobre 2021

Sources : www.millesime-bio.com/, www.sudvinbio.com/,      

©Eléonore H/AdobeStock        

Adaptation de la viticulture au changement climatique, les bonnes idées du programme de recherche innovant LACCAVE

Son nom de code : LACCAVE. Sa date de naissance : 2011. Son sujet : l’adaptation de la viticulture au changement climatique. En 10 ans, le projet INRAE LACCAVE*, a réuni plus de 100 chercheurs et doctorants pluridisciplinaire (​​génétique, écophysiologie, agronomie, sciences de l’environnement, œnologie, géographie, économie, sociologie…), généré 10 thèses et fédérer les décideurs politiques pour l’adaptation de la viticulture au changement climatique. Cet incroyable projet oriente les politiques publiques actuelles. Quels sont ses axes principaux ? Quelles solutions sont envisagées ? Point sur ce programme innovant.

Sommaire :

  • LACCAVE, une prospective et un message optimiste si…  
  • Quels sont les impacts du changement climatique dans les vignobles ?
  • Quelles solutions possibles et déjà expérimentées ?

LACCAVE , une prospective et un message optimiste si…

A l’échelle nationale, le projet LACCAVE a réalisé une prospective pour 2050, fournissant quatre scénarios qui ont été mis en débat dans sept régions viticoles, suscitant 2700 propositions d’action. Les données recueillies ont alimenté la réflexion des représentants professionnels qui sous la coordination de l’INAO et de France AgriMer ont élaboré une « stratégie de la filière viticole face au changement climatique », présentée le 26 août 2021 au Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation.

Depuis 2012, une centaine de chercheurs étudient les conditions de l’adaptation au changement climatique dans le secteur de la vigne et du vin*. Alors que les messages actuels sont alarmants, les conclusions de ses chercheurs redonnent espoir : les impacts du bouleversement climatique sur les vignobles s’accentuent, mais des solutions pour l’adaptation sont possibles. Si et seulement si, l’augmentation de la température moyenne est contenue à moins de 2°C et si la mobilisation conjointe des acteurs de la filière, des pouvoirs publics et de la recherche se poursuit.                                  

Quels sont les impacts du changement climatique dans les vignobles ?

Sans surprise, les travaux de LACCAVE confirment que les impacts du changement climatique s’accentuent et ce sur l’ensemble des vignobles de la planète. Par exemple :

Les stades du développement de la vigne étant plus précoces, la plante résiste moins aux gelées printanières, comme celles qui ont fortement impacté le vignoble de l’hexagone cette année.  Autres conséquences : les vendanges sont également plus précoces et les caractéristiques des vins se modifient : degré alcoolique plus élevé, baisse des acidités et modifications d’arôme. Les autres impacts sont les dégâts causés par les événements extrêmes (destruction de récolte, érosion accrue…), les incendies ou la pression plus forte de bioagresseurs pour les années et les régions les plus humides.

Quelles solutions possibles et déjà expérimentées ?

Bonne nouvelle, des solutions existent. Le projet LACCAVE en a identifiées. Parmi elles :

La conservation et l’amélioration des sols viticoles apparaissent comme une urgence pour favoriser la résilience des vignobles, en combinant enherbement maîtrisé, apport de matière organique (compost, broyats, éco-paturage…), aménagements anti-érosion…

Le renouvellement et la diversification du matériel végétal avec des cépages anciens, venus de Grèce ou d’Italie par exemple qui résistent mieux à la sécheresse, aux températures plus élevées, produisant moins de sucre ou plus d’acidité. Et aussi, sur les créations variétales ou les cépages résistants.  Pour cela, les conservatoires, essais individuels ou collectifs, réseaux d’observation doivent être soutenus et coordonnés pour favoriser le partage d’information.

L’eau et sa gestion font bien sûr partie du projet avec des solutions et une préconisation : promouvoir des pratiques agroécologiques et économes en eau pour maintenir une grande partie des vignobles sans irrigation.

Et comme pour les cépages résistants, prendre en compte l’avis des consommateurs fait aussi entièrement partie du projet “pour les sensibiliser et les impliquer dans les stratégies à mettre en œuvre pour faire face au changement climatique”.

Comme le pointe le directeur de recherche, Jean-Marc Touzard, le co-responsable de LACCAVE avec Nathalie Collat : “la filière viticole est exemplaire pour aborder les enjeux du changement climatique car elle est très impactée et les acteurs sont très organisés. Elle est aussi exemplaire pour étudier et mettre en œuvre à l’échelle mondiale des stratégies d’adaptation plus globalement pour d’autres filières.”

Anne Schoendoerffer

Sources : INRAE, Jean-Marc Touzard, Anne Schoendoerffer

*ce projet a été financé et coordonné par INRAE, et mené en partenariat avec le CNRS, des universités, l’institut Agro et Bordeaux Sciences Agro, ainsi que les principales organisations de la filière, l’INAO, FranceAgrimer, les chambres d’Agriculture, l’IFV, les interprofessions et syndicats d’appellation.

Les résultats des travaux réalisés dans le cadre du projet LACCAVE sont disponibles sur la plateforme collaborative VINEAS

Le réemploi des bouteilles de vin, tendance d’avenir ?

Jusque dans les années 1980 en France, les consommateurs ramenaient leurs bouteilles de vin consignées chez leur marchand. Cette habitude a peu à peu disparu. Aujourd’hui, elle réapparaît sous une forme différente, appelée le réemploi. Qu’est ce que c’est ? Comment cela fonctionne ? Quels sont les bénéfices et les freins ? Point sur cette nouvelle filière qui est en train de s’organiser.


Sommaire :
● Le Réemploi, c’est quoi ?
● Le réemploi, comment ça fonctionne ?
● Les bénéfices du réemploi
● Les freins du réemploi


Le Réemploi, c’est quoi ?


Selon le site citéo : “Le réemploi consiste à utiliser à nouveau un emballage pour un usage identique à celui
pour lequel il a été conçu, avec un système de traçabilité et de lavage industriel”. En somme, c’est donner
une nouvelle vie à votre bouteille
de vin car elle est réutilisée après avoir été lavée et reconditionnée par le
producteur. C’est le principe de l’économie circulaire.

Le réemploi, comment ça fonctionne ?


Tout part du producteur et/ou du consom’acteur. Le premier a fait le choix du réemploi (bouteille spécifique,
étiquette hydrosoluble…). Le consom’acteur a pris l’initiative d’acheter un vin dans une bouteille
réemployable, généralement clairement identifiée, avec par exemple, comme sur cette cuvée Hérisson
Malin en bio
de Jacques Frelin (en vente chez biocoop), le sticker officiel du réseau consigne, facilement
identifiable : “Rapportez-moi pour réemploi”. Au verso de la bouteille, le message est également explicite :
“A déguster et à rapporter dans votre magasin ou dans les points de reseauconsigne.com. La bouteille sera
collectée, lavée et réemployée”. Entre eux, une entreprise qui redonne vie à la bouteille et les distributeurs :
Café, Hotel, restaurant ou les magasins qui sont identifiés comme points de collecte auprès de qui le
consom’acteur ramène sa bouteille réemployable.

Les bénéfices du réemploi


Notons tout d’abord qu’en France en 2018, comme l’indique un rapport de l’ADEME (Agence de
l’Environnement et de la Maîtrise des Déchets) : “en 2018, 86% des emballages en verre ont été recyclés et
60 % des Français trient systématiquement leurs déchets en verre”.
Alors, pourquoi passer au réemploi ? Car la bouteille n’est pas cassée et ensuite refabriquée. Selon cette
étude, la collecte, le lavage et la réutilisation d’emballage de verre nécessitent 1/4 d’énergie en moins et
1/2 d’eau en moins que lors de leur recyclage qui est une solution énergivore (transport, refonte,
fabrication). Le réemploi, c’est réduire l’impact sur l’environnement et tendre vers le zéro déchet.
Les autres bénéfices sont, comme notés par l’Obsco et Citéo :
Des impacts sociaux : filière courte co-construite, nouvelle habitude de consommation…Le consommateur
devient un Consom’acteur
Des opportunités économiques : emplois locaux, réduction de coûts, dynamisation du maillage économique
territorial…
Le réemploi s’inscrit pleinement dans le développement durable avec ses trois piliers : environnement,
social et économique.


Les freins du réemploi


Au printemps 2021, la généralisation de la consigne en 2025 a été retoquée par l’assemblée nationale. Le
réemploi est donc pour l’heure basé sur la bonne volonté, à la source, des producteurs. Et au final, pour que
le circuit fonctionne jusqu’au bout, sur celle des consommateurs qui doivent ramener les bouteilles. Elle
cible pour l’instant plutôt les personnes engagées qui réalisent leur acte d’achat dans les magasins comme
Biocoop, très investi pour le déploiement du réemploi des bouteilles de vin.
En tant que citoyen, la volonté est présente pour tendre vers le zéro déchet. Mais en tant que
consommateur ? Alors, le réemploi, tendance d’avenir ? Souvenez-vous en 2016 quand le décret de
suppression des sacs plastiques à usage unique est tombé, un temps d’adaptation a été nécessaire. Les
français ont su faire évoluer leur habitude de consommation. A présent,tout le monde possède son sac
réutilisable.


Anne Schoendoerffer


Sources : ademe, citéo, Obsco, reseauconsigne.com, Anne Schoendoerffer

Oltrepo Pavese en Lombardie, la nouvelle région vin à découvrir

Le vignoble d’Oltrepo Pavese est une pépite à découvrir. Situé à 1 heure au sud de Milan, ce territoire a toujours eu la réputation de produire des vins de qualité, et peu cher. Aujourd’hui, les producteurs proposent toute une gamme de vin qualitatif dans une région, qui entre collines, thermes et surtout l’accueil de ses vigneron(ne)s, donnent envie d’aller à leur rencontre et de déguster. Point sur ce vignoble, ses cépages et ses vins qui invitent au slow oenotourisme.

Sommaire :

  • Le vignoble d’Oltrepo Pavese
  • Les cépages : entre pinot noir et variétés indigènes
  • Les vins en AOP : une large gamme
  • Vivre le slow tourisme à l’italienne

Le vignoble d’Oltrepo Pavese

Situé en Lombardie, c’est la zone viticole la plus septentrionale de l’Italie. Sa ville Pavie (Pavese en italien) est à seulement 45 km au sud de Milan. Il borde les régions d’Émilie-Romagne et du Piémont. Étonnamment, sa zone géographique est “en forme de grappe de raisin”, comme décrit Carlo Veronese, le directeur du Consortium Tutela Vini Oltrepo Pavese, l’organisation qui gère les vins en AOP et en IGP produit dans cette région.  Il ajoute : “elle se situe exactement à mi-chemin entre le pôle Nord et l’équateur, à savoir sur le 45ème parallèle, comme à Bordeaux, là où sont produits les plus grands vins”.

Sur ses 440 kilomètres de collines, environ 13 000 hectares de vignes sont gérés par 350 sociétés qui produisent en moyenne 75 millions de bouteilles. Notons qu’avec sa forte tradition coopérative, de nombreuses coopératives viticoles, appelées “Cantina” sont présentes sur ce territoire. Les membres cultivent de petites surfaces de deux hectares en moyenne.

Les cépages : entre pinot noir et variétés indigènes

L’Oltrepò est le plus grand producteur de la variété pinot noir en Italie avec environ 3 000 hectares.  C’est aussi la troisième zone de production mondiale de ce cépage. Pour le directeur du consortium “le pinot noir est la porte drapeau de la qualité des vins produits dans notre région”.  Les autres cépages les plus cultivés couvrant 84 % de l’ensemble du vignoble d’Oltrepò sont : Croatina (4 000 hectares), Barbera (3 000), Moscato (500 ), sans oublier les 1500 hectares de riesling, italien et allemand. On trouve aussi : Uva Rara, Ughetta / Vespolina, Pinot Bianco, Pinot Grigio, Cortese Bianco, Malvasia et même du Müller-Thurgau que l’on trouve entre autres au Luxembourg.

Les vins en AOP : une large gamme

7 appellations sont présentes sur ce territoire : Casteggio, Oltrepò Pavese Pinot grigio, Pinot nero dell’Oltrepò Pavese, Sangue di Giuda dell’Oltrepò Pavese, Oltrepò Pavese, Bonarda dell’Oltrepò Pavese and Buttafuoco dell’Oltrepò Pavese

Si l’on retrouve autant de pinot noir, c’est qu’il rentre dans la composition des vins tranquilles et de vins effervescents à travers la DOCG Pinot Noir Méthode Classique Oltrepo’ Pavese. Il est obtenu à partir de la méthode dite classique, identique à la méthode champenoise.  Le pinot noir est le porte drapeau de la qualité, notamment pour ces effervescents qui se positionnent en termes de prix en moyenne entre 18 et 25 €. Les vins produits par ​​le vigneron Luca Bellani du domaine Ca Di Frara sont un merveilleux exemple de ses extraordinaires bulles. 

Vivre le slow tourisme à l’italienne

Les collines en pente douce, tapissées de vigne, se situent entre 300 et 400 mètres d’altitude. La quiétude de ces paysages appelle au slow tourisme pour prendre le temps d’aller à la rencontre de ses femmes et de ses hommes qui cultivent la vigne. La bonne idée est de découvrir ce vignoble en vélo électrique. Selon le consortium : “toutes les caves sont équipées pour accueillir des dégustations en plein air ou en cave sur réservation. Vous pouvez trouver plus d’informations sur la route #enotourisme à Oltrepò Pavese. Le hashtag officiel est #OltrepoDivino #oltrepowinelover #OltrepopaveseDOCG”.

Ce qu’on aime vraiment aussi, c’est la présence dans chaque domaine du salami qui vieillit dans les caves. Dès lors que l’on déguste un vin, c’est souvent en tandem avec ce saucisson (Varzi salami). Sans parler de leurs fromages de la vallée de Staffora, miel, safran, truffe noire, cerise Bagnaria., poivron de Voghera, potiron Berrettina, pommes de terre de montagne, et tant d’autres produits qui appellent à la savoureuse cuisine italienne. Pour des accords mets et vins parfaits, de l’entrée au dessert.

Anne Schoendoerffer

Sources : www.consorziovinioltrepo.it/, Anne Schoendoerffer

Les cépages résistants français, cépages d’avenir ?

Artaban, Floréal, Vidoc et Voltis  ne sont pas les héros de la dernière série Netflix. Mais les noms donnés à ces cépages que l’on nomme communément résistants ou cépages tolérants et adaptés aux nouvelles conditions climatiques ou encore nouvelles variétés de vignes françaises. C’est selon. Elles ont été créées dès leur origine au XIXe siècle pour résister aux maladies de la vigne. Quelle est leur histoire ? Quel est leur avenir ? Point sur ces quatre premières variétés de vignes françaises résistantes.

Sommaire :

  • A l’origine
  • Au XXIe siècle
  • Le Languedoc, pionnière en France
  • Les 4 cépages français autorisés
  • L’avenir ?

A l’origine

Comme le rappel OsCar, l’Observatoire national du déploiement des cépages résistants, créé par l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) et l’IFV (Institut français de la vigne et du vin) : “La résistance de la vigne aux maladies et ravageurs est devenue un sujet d’étude dès le milieu du XIXème siècle, avec l’introduction en Europe de maladies dévastatrices – oïdium, mildiou, black rot, phylloxéra – venues d’Amérique du Nord. Des croisements entre des vignes américaines (V. rupestris, V. lincecumi, V. berlandieri…) et européennes Vitis vinifera – sensibles dans leur grande majorité – ont alors été réalisés pour obtenir de nouvelles variétés appelées hybrides producteurs directs, résistantes à la fois à l’oïdium, au mildiou et au phylloxéra”. Dès l’origine, les cépages résistants ont donc été créés pour résister aux maladies. Ce ne sont pas des OGM, mais bien des croisements de vignes !

Au XXIe siècle

Depuis une dizaine d’années, la recherche en France s’est accélérée. Pourquoi ? Pour répondre aux enjeux du réchauffement climatique. L’objectif : réduire les traitements phytosanitaires. En clair, lorsque la pression oïdium et/ou mildiou se fait forte, Artaban, Floréal, Vidoc et Voltis résistent naturellement. Les traitements sont moindres, voire inexistants selon la force de l’attaque.

Le Languedoc, pionnière en France

Tout a commencé à la première cave coopérative française, à Maraussan. 55 souches de 4 variétés résistantes, deux blancs et deux noirs, ont été plantées sur une parcelle expérimentale par les vignobles Foncalieu. C’était en 2007. Avec les cépages résistants créés par le défunt Alain Bouquet, alors directeur de recherche à l’INRA.  Pour l’instant, ces français n’étant pas inscrits dans le catalogue, ils sont sans nom et ne peuvent être (à ce jour) plantés officiellement.

Les 4 cépages français autorisés

Depuis 2019, Artaban, Floréal, Vidoc et Voltis, issus du programme Resdur1/INRA, ont été officiellement et définitivement autorisés à entrer dans le cahier des charges des IGP du Gard, des Cévennes, des Coteaux du Pont du Gard, de Pays d’Oc, du Var, des Alpes-Maritimes, d’Atlantique et du Val de Loire.

En 2020, c’est au tour des IGP des Côtes Catalanes, du Vaucluse, des Collines Rhodaniennes, d’Ardèche, de la Drôme, des Coteaux des Baronnies et du Périgord. En 2021 les IGP de la Méditerranée et de Pays des Bouches-du-Rhône. D’autres sont en cours pour les IGP Charentais, de l’Aude et de l’Hérault.

Et pour les AOP ? Comme l’écrit vitisphere.com : “Désormais officiellement affiliés aux cépages européens traditionnels, les nouveaux cépages Artaban, Floreal, Vidoc et Voltis pourraient rentrer dans les vignobles d’appellation, dont l’accès leur était jusqu’à présent inenvisageable”.

L’avenir ?

La réponse viendra des marchés. Des consommateurs donc. Les profils aromatiques de ces cépages sont différents et nouveaux. Les vignobles Foncalieu ont été les premiers à commercialiser en France, une cuvée 100% cépages résistants en 2019 : NUVOTE. Assemblage des cépages artaban et vidoc, ce vin plaisir a trois autres points forts : il est bio, sans sulfite ajouté et son degré d’alcool est faible. Sur le millésime 2021, 15 000 bouteilles sont commercialisées. Les retours de leurs clients sont positifs à la fois en termes de dégustation et du message positif transmis par la bouteille. C’est un bon début. Les cuvées 100% issues de ces 4 cépages français sont encore rares. On les retrouvera plus facilement assemblés à d’autres cépages internationaux. Au vu de la demande exponentielle de ces cépages tolérants et adaptés aux nouvelles conditions climatiques, Artaban, Floréal, Vidoc et Voltis devraient peu à peu sortir de l’ombre. A moins que leurs confrères suisses avec le Cabernet blanc, ou l’Italien Soleris voire l’allemand Souvignier Gris, pour ne citer qu’eux, remportent plus largement la faveur des producteurs puis des consommateurs.

Anne Schoendoerffer

Sources : Oscar, vitisphere.com, Anne Schoendoerffer

Le vignoble de la moselle Luxembourgeoise : petit et unique

Le Luxembourg est connu pour son système fiscal. Son vignoble, l’un des plus septentrionaux, l’est moins. Pourtant, c’est l’un des plus anciens d’Europe. Son histoire viticole, des Celtes jusqu’à aujourd’hui, est passionnante. Que se cache t’il derrière ses vignes de ce tout petit Etat situé au cœur de l’Union européenne ? Découverte de ce vignoble de la Moselle Luxembourgeoise unique.

Sommaire :

  • Une histoire ancestrale
  • Petit et magnifique
  • Une organisation professionnelle tripartite
  • Les cépages : blanc, pinot noir aussi, et résistant
  • Le crémant du Luxembourg fête ses 30 ans cette année.
  • Quelques producteurs de vins bio

Une histoire ancestrale

La Vallée de la Moselle connaît une tradition viticole vieille de 2 000 ans. Celtes, Gaulois et Romains y cultivaient la vigne avant que les monastères ne s’en emparent au Moyen- âge et étendent le vignoble à une grande partie du pays. Mais les rigueurs de l’hiver 1709 rendront à la Moselle son exclusivité viticole. Et, à la fin du XIXe siècle, 90 % du vignoble sera consacré à l’elbling, exporté vers l’Allemagne pour y couper les vins locaux.

Ce n’est qu’après l’accord d’union douanière avec la Belgique (1922), la fondation de l’Institut viti-vinicole à Remich (1925) et la création de la Marque Nationale (1935) que le vignoble se diversifie et se développe.

Avec, depuis les années 1980, l’introduction de la dénomination «Moselle Luxembourgeoise – Appellation contrôlée» , la création de l’appellation «Crémant de Luxembourg» , puis celle des mentions particulières «Vendanges Tardives», «Vin de Glace» et «Vin de Paille» , ainsi que les «Vins barrique».

Petit et magnifique

“Et au milieu coule une rivière”, pourrait-on dire, tant les lieux inspirent sérénité et beauté. Ici, il s’agit de la Moselle, qui s’entoure sur 42 km du vignoble luxembourgeois, face à l’Allemagne. Le fleuve sillonne autour d’un paysage de vignes magnifique. Sans surprise, la vallée de la Moselle luxembourgeoise, région principale de la viticulture du Grand-duché, est l’une des principales destinations touristiques du pays. A seulement 20 km de la capitale. De Schengen au sud à Wasserbillig au nord, près de 340 exploitants cultivent environ 1280 hectares de vignes, dont 90% sont plantés avec des cépages servant à élaborer des vins blancs.

Une organisation professionnelle tripartite

Le vignoble luxembourgeois est mis en valeur par trois groupements de producteurs. Comme le raconte Philippe Schmitz, le délégué commercial des Domaines Vinsmoselle, “le pays a une grande tradition de la coopérative”. Son entreprise rassemble les 6 caves coopératives du pays et regroupe 450 adhérents-viticoles. Ensemble, ils représentent 61,70% des producteurs. Cette année, ils célèbrent les 100 ans de leur première cave coopérative, la plus ancienne de la Moselle luxembourgeoise, les Caves de Grevenmacher

52 vignerons indépendants se sont fédérés depuis 1966 dans l’Organisation Professionnelle des Vignerons Indépendants (O.P.V.I.). Ils représentent 23% des producteurs

Les producteurs-négociants fédérés depuis 1928 dans la Fédération des Producteurs Négociants et promoteurs des vins mousseux dès les années 1920. Ils représentent 15,30% des producteurs.

Les cépages : blanc, pinot noir aussi, et résistant

Sur 1280 ha de vignoble de la Moselle luxembourgeoise,90% des cépages sont blancs. C’est le Rivaner (Müller-Thurgau) qui occupe la première place, avec 21,6 % de la surface du vignoble. Ce cépage produit des vins de table légers. Arrivent ensuite le pinot gris et une spécialité luxembourgeoise, l’auxerrois, à 15% environ chacun. Et ensuite, le riesling, le « roi des vins blancs », qui occupe 12,8 % de la superficie du vignoble. Ce cépage à maturation tardive est moins sensible aux maladies fongiques et tolère particulièrement bien la pourriture noble. Quant au Elbling, auparavant majoritaire, sa surface ne cesse décoître.

Le pays se tourne de plus en plus vers le Pinot noir. Aujourd’hui, un dixième de la surface du vignoble est planté avec le cépage rouge de Bourgogne. Selon Claude François, journaliste et éditeur du guide VinsLux, et également fin observateur du vignoble luxembourgesois : “presque tous les vignerons proposent du Pinot Noir et le vinifient en fûts de bois. Le meilleur millésime de Pinot Noir à ce jour est 2018, suivi d’un 2020 tout aussi excellent. Mais dans pratiquement tous les millésimes depuis 2014, de bons Pinots Noirs ont été produits”.

Cépage résistant comme le Cabernet Blanc

Que ce soit la coopérative des Domaines Vinsmoselle ou des petits producteurs comme le domaine KOX, les vignerons, comme en France, se mettent à produire des vins issus de cépage résistant comme le Cabernet Blanc, croisement d’un cabernet-sauvignon avec une variété résistante aux maladies, créé par le suisse Valentin Blattner en 1991.

Le crémant du Luxembourg fête ses 30 ans cette année.

Comme le raconte Claude François, “à présent tout le monde fait des crémants de Luxembourg. C’est le moteur de notre viticulture”. C’était en 1991. A présent, environ trois millions de bouteilles sont produites par an. Certains autochtones aiment d’ailleurs prétendre que “ les meilleurs crus peuvent certainement rivaliser avec les meilleurs champagnes » !

Quelques producteurs de vins bio

La viticulture biologique gagne peu à peu en importance. Elle représente aujourd’hui 10% parmi les vignerons indépendants. D’autres essaient le «bio» dans certaines parcelles. Comme une cuvée, issue de cépage résistant cabernet blanc des Domaines Vinsmoselle. La marge de progression est encore grande.

« Les vignerons qui travaillent plus conventionnellement sont de manière générale également conscients de l’environnement et adoptent la culture raisonnée », souffle un observateur.

Par Anne Schoendoerffer

Sources : Guide VinsLux, www.visitmoselle.lu, concoursmondial.com, Anne Schoendoerffer

@Anne Schoendoerffer

AOC Collioure Rouge : saisissante appellation de 50 ans produite sur un vignoble extraordinaire

Collioure, merveilleux petit bout du monde de la côte Vermeille dans les Pyrénées orientales fête ses noces d’or cette année. Tout le monde connaît le Banyuls produit sur la même aire d’appellation que l’AOC Collioure rouge.  L’occasion de découvrir ce vignoble où chaque bouteille de vin produite est le fruit d’un travail de vignerons et de coopérateurs passionnés, sans concession possible, tellement les pentes sont rudes ici. Voici l’histoire d’un vignoble héroïque, un des plus beaux du monde, qui coûte que coûte, se réinvente.

Sommaire :

  • Collioure / Banyuls : l’histoire d’une aire d’appellation à double AOC
  • Un vignoble extraordinaire entre mer et montagne
  • Un vignoble labellisé
  • Le grenache, le cépage roi
  • Les vins de l’appellation Collioure

Collioure / Banyuls : l’histoire d’une aire d’appellation à double AOC

Géographiquement, l’aire de l’AOC Collioure est la même que celle de l’AOC Banyuls. Leur différence ? Banyuls correspond à l’appellation des Vins Doux Naturels (VDN), et Collioure à celle des vins secs. Jusqu’en 1935, les vins secs produits sur le terroir de Banyuls étaient appelés les “ vins nature du terroir de Banyuls”, pour les différencier des vins obtenus par mutage : le Banyuls . En 1971, sous l’impulsion de son président de cru, André Parcé, les vins rouges purent enfin bénéficier de l’AOC. Une victoire pour la toute première appellation de vin sec du Roussillon qui fête ainsi cette année ses cinquante ans !

Aujourd’hui, 44 vignerons indépendants et 3 caves coopératives élaborent chaque année environ 20 000 hectolitres de vin en AOP Collioure et 14 000 hl en AOP Banyuls.

Un vignoble extraordinaire entre mer et montagne

Cet incroyable vignoble, le plus méridional de France, a été créé au VIème siècle avant notre ère, par les Phéniciens et les Phocéens. Au fil des siècles, la vigne s’est peu à peu déployée de façon vertigineuse sur des terrasses escarpées dominant la mer.

1 400 hectares de vigne s’étendent du niveau de la mer jusqu’à près de 400 mètres d’altitude. Plus d’un tiers se situe sur des pentes abruptes dépassant les 50 % ! Ici, le paysage se découpe, entre vignes et terrasses (nommées feixas), soutenues par des murets construits avec le même schiste du terroir. Elles sont entretenues scrupuleusement, pierre par pierre, par les vigneron(ne)s et les coopérateur(e)s. Elles sont entourées par les chênes, les châtaigniers, le maquis et la culture de l’olivier. Cette flore abondante permet de protéger la faune et les terroirs contre l’érosion.  Comme le dit si bien, le nouveau et jeune président de l’AOC Collioure, Romuald Peronne, vigneron du Clos Saint Sébastien : “ Ici, le travail de la vigne est resté humain, comme hors du temps. C’est une vraie difficulté pour les vignerons qui travaillent le vignoble à dos d’hommes, à cause des pentes abruptes, mais une gageure de la qualité des travaux d’entretien des vignes. La biodiversité et les paysages sont ainsi préservés et entretenus. C’est une typicité de ce vignoble historique, à faire mieux connaître, pour valoriser le travail ardu et humble de chaque vigneron de l’appellation Collioure”.

Un vignoble labellisé

Distingué au titre des « paysages labellisés » par le Ministère de l’Environnement depuis 1993, le vignoble s’inscrit aussi dans le groupement des Réserves Naturelles, des terrains du Conservatoire du Littoral et des sites Natura 2000. En 2011-2012 a été initiée une Charte Paysagère et Environnementale de la Côte Vermeille visant à valoriser le rôle de la viticulture locale dans le respect des enjeux écologiques, et notamment de la ressource en eau.

Le grenache, le cépage roi

S’il est un cépage emblématique des vignobles de Banyuls et Collioure, c’est bien le Grenache. Il se décline ici en noir (pour les vins rouges), en blanc et en gris (pour les vins blancs). Sur ce sol de schistes entre mer et montagne, le Grenache fait office de « révélateur de terroir », catalyseur de puissance et finesse, de maturité et de salinité. Il est l’un des grands marqueurs identitaires du vignoble.

Parmi les autres cépages, citons pour les blancs, le vermentino, le macabeu, le tourbat. En rouge, carignan, syrah, mourvèdre.

Les vins de l’appellation Collioure

Les vins de l’appellation Collioure sont produits en rouge à 50%, en blanc à 30% et en rosé à 20%

Pour Romuald Peronne, “l’AOC Collioure est plurielle. Collioure rouge marque son style par des vins charnus et gorgés de soleil, mais travaillés pour faire ressortir finesse et élégance de ses terroirs de schistes bruns balayés par les embruns maritimes”. Comme la cuvée Inspiration Céleste à 90 % Grenache noir et 10% Carignan (29 €) du Clos Saint-Sébastien. Il précise : “l’avenir de l’appellation est dans les blancs car les grands vins de garde sont les Collioure Blancs”. La nouvelle génération, impliquée et réfléchie, produit déjà de nombreuses pépites en rouge, blanc et rosé, à ressentir pleinement sur place, dans ce merveilleux coin de paradis qu’est la Côte Vermeille.

Anne Schoendoerffer