Le Médoc ajoute du blanc à sa palette

Les premières bouteilles d’AOC Médoc blanc arriveront sur les tables en avril prochain. Avec cette perle rare, les vignerons s’attaquent à un art délicat : ciseler un vin lumineux sur un terroir de rouges. Une révolution tranquille née du passé et tournée vers l’avenir.

Sommaire :

  • Une reconnaissance, pas une invention
  • Un style bien à lui
  • Une appellation exigeante et responsable
  • Des pionniers à la manœuvre
  • Un souffle collectif qui gagne la rive droite

Une reconnaissance, pas une invention

Après des décennies à briller en rouge, la presqu’île médocaine se pare de reflets clairs. L’AOC Médoc blanc, officiellement reconnue le 5 août 2025, vient en réalité consacrer une production historique. « Les vignerons produisant du vin blanc souhaitaient le faire reconnaître et le protéger. L’appellation garantit désormais une traçabilité totale et un contrôle systématique avant mise », explique Hélène Larrieu, directrice de l’ODG Médoc, Haut-Médoc et Listrac-Médoc. Produits dans le Médoc dès le XVIIIᵉ siècle, les blancs atteignaient encore 16 000 hl en 1929 avant d’être éclipsés par les rouges. Longtemps, les vignerons ont continué à les commercialiser sous appellation communale, jusqu’à ce que l’INAO, dans les années 1960, mette fin à cette tolérance, les contraignant à se replier sur l’AOC Bordeaux blanc. Leur renaissance s’inscrit dans une démarche identitaire, parallèle à la labellisation du Parc naturel régional du Médoc en 2019. « Les vignerons ont pris conscience que leurs huit appellations formaient un ensemble cohérent, intimement lié à un terroir singulier », souligne Hélène Larrieu.

Un style bien à lui

L’idée a germé dès 2017 et s’est nourrie d’un recensement des pratiques viticoles et œnologiques, de réflexions autour des nouveaux cépages, d’analyses du potentiel commercial et de dégustations à l’aveugle. « Les différences sont apparues clairement, note Hélène Larrieu. Soumis à la double influence de l’océan Atlantique et de l’estuaire de la Gironde, les Médocs blancs se distinguent par leur tension et leur minéralité. » Les cépages du Bordelais – Sauvignon blanc, Sémillon, Sauvignon gris et Muscadelle – y livrent « une expression singulière, marquée par des notes exotiques et d’agrumes. » Autre marqueur fort : l’élevage sous bois. « Obligatoire pour au moins 30 % du lot, il est déjà pratiqué par 90 % des producteurs. La vinification en barrique, prolongée par un élevage souvent sur lies, apporte rondeur, gras et complexité aromatique sans excès de boisé.»

Une appellation exigeante et responsable

Rendement limité à 55 hl/ha, élevage chez le vinificateur au moins jusqu’au 31 mars de l’année suivant la récolte, conditionnement uniquement en verre, contrôle gustatif avant mise : le ton est donné. Le cahier des charges intègre aussi des obligations environnementales fortes : l’interdiction du désherbage total et l’obligation de détenir une certification environnementale. « Il ne s’agit pas d’ajouter des contraintes, mais de reconnaître et valoriser ce que la majorité des vignerons faisaient déjà », insiste Hélène Larrieu. « Nous avons intégré leur engagement durable dans le patrimoine collectif. » En outre, six Variétés d’Intérêt à Fin d’Adaptation peuvent compléter l’encépagement (alvarinho, liliorila, viognier, sauvignac, floréal et souvignier gris), préfigurant une ouverture progressive à la diversité. Sur 250 hectares de cépages blancs plantés dans le Médoc, 40 le sont avec des variétés autres que les cépages traditionnels. « Un véritable terrain d’expérimentation qui permettra d’observer le comportement de ces cépages en conditions médocaines, face au changement climatique. »

Des pionniers à la manœuvre

À Saint-Germain-d’Esteuil, le Château Castera, Cru bourgeois supérieur, a figuré parmi les moteurs du projet. « Notre domaine produisait autrefois du blanc, 900 hl en 1922, soit la moitié des volumes » explique Laura Sorin, directrice communication. Replanté en 2016, un hectare de sauvignon blanc sur sol argilo-calcaire ont donné naissance à la cuvée Anthoinette. Vendanges manuelles, pressurage en grappes entières, sept mois d’élevage en barrique : elle s’affichera désormais en AOC Médoc blanc. « Comme nombre de producteurs, nous menons un travail d’orfèvre : la production qui devrait concerner deux hectares à terme demande autant d’attention que nos 60 hectares en rouge », souligne-t-elle. Pour les cavistes et sommeliers, cette appellation illustre « la capacité du Médoc à se renouveler sans renier son exigence qualitative », avec des blancs précis, volontiers gastronomiques. Elle séduit aussi les particuliers, adeptes de vins plus frais mais identitaires. « Le blanc permet de faire redécouvrir nos rouges à un public parfois resté sur des clichés anciens en le reconnectant à l’évolution de leur profil », ajoute Laura Sorin.

Un souffle collectif qui gagne la rive droite

70 exploitations seraient en mesure de revendiquer environ 170 hectares, soit moins de 2 % du vignoble médocain. Confidentiel, le Médoc blanc n’envoie pas moins un signal fort dans un contexte viticole compliqué. « Cette appellation insuffle aux équipes une énergie nouvelle : une respiration, née du terrain et de l’histoire, avant toute démarche marketing. Ce n’est pas un effet de mode, mais le fruit d’un travail collectif ancré dans la tradition et tourné vers l’avenir, avec des outils modernes et une maîtrise technique renforcée », conclut Laura Sorin. Et le mouvement inspire déjà la rive droite : à Saint-Émilion, 71 % des viticulteurs consultés cet été par le Conseil des vins se disent favorables à la création d’une appellation de blanc, 82 % à une appellation Lussac-Saint-Émilion blanc et 85 % à une appellation Puisseguin-Saint-Émilion blanc. Le Médoc a ouvert la voie. Il montre, comme l’écrivait le grand œnologue Émile Peynaud, que « rien n’est plus moderne, au fond, que la tradition médocaine. »

Florence Jaroniak.

© CHATEAU_CASTERA_Web©ClaudeClin-1061008

Les vignes reprennent racine en ville

Du Clos Montmartre aux plantations du Palais des Papes à Avignon, la vigne refait surface au cœur des cités. Symbole de patrimoine vivant, de lien social et d’écologie, ces micro-parcelles redonnent sens et visibilité à la viticulture urbaine.

Sommaire :

  • Montmartre, tout un symbole
  • Un laboratoire à ciel ouvert
  • Avignon, la vigne patrimoniale
  • Un mouvement qui s’organise
  • Une renaissance culturelle et écologique

Montmartre, tout un symbole

Du 8 au 12 octobre, entre dégustations et groupes folkloriques, Paris a célébré la fête des vendanges du Clos Montmartre, un événement qui attire désormais 500 000 visiteurs. « La première édition, en 1934, a immédiatement rencontré un grand succès populaire, grâce au parrainage prestigieux de Mistinguett et de Fernandel ! À l’époque, il s’agissait plutôt d’une fête du raisin, la vinification n’ayant débuté qu’en 1953 », rappelle Éric Sureau, président du Comité des Fêtes et d’Actions Sociales du 18ᵉ arrondissement, en charge du Clos. « Cette vigne, c’est un symbole de partage. Les 2 400 bouteilles produites chaque année sont vendues au profit de nos œuvres sociales et perpétuent l’esprit montmartrois, frondeur et solidaire. »

Un laboratoire à ciel ouvert

Derrière cette carte postale se cachent 1 800 pieds perchés à 130 m d’altitude, nécessitant une gestion minutieuse. « Exposés au nord, entourés d’immeubles et plantés dans un sol léger et gypseux, ils poussent dans des conditions loin d’être idéales. En conformité avec la politique de la Ville, l’enjeu principal consiste à bannir les traitements phytosanitaires, particulièrement visibles et controversés en milieu urbain », explique Sylviane Leplâtre, l’œnologue du Clos. Très sensibles aux maladies, les ceps ont été progressivement réencépagés sur dix ans avec des variétés résistantes : impossible en effet d’arracher d’un seul coup un vignoble aussi visité. Calice, Divico, Muscat bleu, Cabernet Jura, Pinotin ou encore Monarch ont été importés de Suisse ou d’ailleurs. « Leur qualité gustative dépasse celle des hybrides producteurs directs d’après-phylloxéra dont une rangée a toutefois été conservée en mémoire du passé. Lors des années ensoleillées, la maturité atteint 12°, offrant un rouge fruité et un rosé très recherché. »

Avignon, la vigne patrimoniale

Autre facette de la viticulture urbaine, la vigne du Palais des Papes à Avignon est à la fois la seule en AOC intra-muros de France et la seule nichée sur un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco. « Plantée en 1997 pour produire sa première cuvée en 2000, année où Avignon fut Capitale européenne de la culture, la parcelle compte 544 pieds de douze cépages des Côtes‑du‑Rhône. Il s’agit d’une « vraie » vigne, conduite de manière raisonnée avec l’objectif d’obtenir la certification HVE », souligne David Bérard, président des Compagnons des Côtes-du-Rhône, qui en assurent l’entretien avec le lycée viticole d’Orange et les services des espaces verts de la Ville. « Ces derniers, très impliqués, testent par exemple différents types de paillage, sachant que cultiver une vigne en ville revient à travailler une micro-parcelle. » Chaque année, un vigneron membre des Compagnons vinifie cette production confidentielle, ensuite offerte à des associations caritatives. « Nous aimerions désormais faire parrainer ces pieds de vigne urbains par des personnes du monde entier », confie David Bérard. D’autant qu’ils jouent un rôle stratégique : plantés à d’autres endroits d’Avignon, ils en affirment l’identité comme capitale des Côtes-du-Rhône.

Un mouvement qui s’organise

Derrière ces initiatives se dessine un mouvement plus large. « Le succès de Montmartre a donné l’idée à Luca Balbiano, propriétaire d’une vigne à Turin, de fonder l’Urban Vineyards Association en 2019 », explique Éric Sureau, vice-président de l’organisation. « Réunissant aujourd’hui une cinquantaine de vignobles urbains historiques dans vingt pays, l’UVA œuvre à leur restauration, leur valorisation culturelle et leur promotion touristique », tandis qu’en France, la dynamique s’intensifie. « Nous avons lancé avec Montmartre et Lyon, la création d’une Société des Vignes Urbaines de France, qui fédèrera les villes françaises pour partager les bonnes pratiques et encourager de nouvelles plantations », précise David Bérard. L’acte fondateur de cette association, qui regroupe déjà vingt-cinq membres sera officialisé le 19 novembre, lors du Congrès des maires de France à Paris, avec le soutien financier du groupe de BTP NGE, qui a créé une filiale Paysage pour intégrer la vigne dans les projets proposés aux collectivités.

Une renaissance culturelle et écologique

Au fond, quoi de plus naturel ? Au Moyen Âge, presque chaque ville possédait ses vignes, souvent près des abbayes, comme à Montmartre. Disparues au XIXᵉ siècle sous l’effet de l’urbanisation, elles renaissent aujourd’hui avec plusieurs fonctions. « Pour les collectivités, les vignes urbaines sont d’abord une carte de visite et un outil pédagogique qui parle d’histoire, de biologie, etc, ainsi qu’un vecteur de lien social » estime Sylviane Leplâtre. « Au-delà de leur aspect culturel, les vignes témoignent d’une production agroalimentaire intégrée au cœur des villes, préservent des cépages historiques, offrent un jardin et une niche de biodiversité et constituent un outil de résilience écologique, agissant comme puits de carbone et limitant l’artificialisation des sols » ajoute David Bérard. De Paris à Avignon, la viticulture n’opère pas un retour nostalgique en arrière. En tissant un fil vert entre passé et futur, elle esquisse peut-être un nouveau visage de la ville de demain.

Florence Jaroniak, © : Compagnons des Côtes-du-Rhône.

En savoir plus :

Le retour en grâce d’un récipient millénaire

Longtemps éclipsée par la barrique, l’amphore revient en force dans les chais modernes. Matériau naturel, formes variées, philosophie d’intervention minimale : ce contenant antique séduit des vignerons en quête d’authenticité et de précision.

Sommaire :

• Une histoire vieille de 6 000 ans
• Un souffle de pureté
• Des contenants aux profils variés
• Une niche qui s’affirme
• Quand tradition rime avec innovation

Une histoire vieille de 6 000 ans

Avec ses anses et sa forme élancée, l’amphore est apparue au Proche-Orient dès le IVᵉ millénaire av. J.-C. Adoptée par les Phéniciens vers 1500 av. J.-C., elle devient l’outil de prédilection des Romains pour acheminer leurs crus. Chaque récipient portait alors sa signature – forme, timbre ou estampille – : autant de signes de traçabilité avant l’heure ! Mais l’amphore n’était pas qu’un moyen de transport. Sa porosité, maîtrisée par des enduits de résine, ainsi qu’un bouchage en liège surmonté d’un second bouchon en argile ou en pouzzolane, assuraient une conservation optimale du vin. Délaissée avec l’avènement du tonneau, elle retrouve aujourd’hui une seconde jeunesse.

Un souffle de pureté

« Les amphores ou plutôt les jarres et leurs dérivés séduisent particulièrement les domaines en bio ou en biodynamie, car ils répondent à une philosophie globale de vinification et d’élevage : préserver la qualité du fruit, utiliser un matériau naturel et durable et intervenir le moins possible en limitant ou en évitant l’usage d’intrants » explique Volga Voronovskaïa, chargée de communication deV&T Amphores, société spécialisée dans la sélection, le développement et la distribution de ces contenants à Gradignan (33). Selon Maxence Weck, la micro-oxygénation naturelle apportée par l’amphore confère au vin « une vraie droiture et une grande pureté. » A la tête d’un domaine familial enraciné depuis 1696 à Gueberschwihr, il a choisi un modèle en grès « moins poreux et plus solide que la terre cuite » pour travailler en micro-vinification des raisins issus de lieux-dits et parcelles. « Nous utilisons une version de 500 litres pour le Grand Cru Florimont et une autre de 1 000 litres pour le Grand Cru Hatschbourg. L’idée est de proposer une autre lecture du terroir, en élaborant des vins de macération : le procédé d’un rouge appliqué au blanc, ce qui donne un vin orange. »

Des contenants aux profils variés

Chaque matériau imprime sa marque. « La terre cuite, poreuse, convient aux cépages puissants et à des élevages courts ; le grès, plus neutre, met en valeur blancs et rouges fins et peu tanniques ; la céramique technique, stable et maniable, peut même intégrer des accessoires comme un robinet de dégustation » précise Volga Voronovskaïa. Quant au granit, quasi imperméable et riche en quartz, « il sublime les vins de glace ou de garde, en préservant leur acidité. » Certains vignerons emploient même les cousins de l’amphore : tinajas espagnoles ou kvevris géorgiens, souvent enterrés selon la tradition, qui offrent d’autres dynamiques de fermentation et d’élevage. Les formes et les volumes comptent aussi : jarres bombées, œufs debout ou couché, dolias plus arrondies et resserrées à la base… Selon la silhouette, les mouvements de convection diffèrent et influencent la remise en suspension des lies, véritables alliées de la stabilité et du gras du vin.

Une niche qui s’affirme

Pour s’adapter aux usages contemporains, l’amphore intègre désormais des accessoires pratiques mais son coût, sa fragilité et sa manutention restent des défis. « Les limites viennent surtout de la taille, précise Maxence Weck. L’amphore est idéale pour de petites parcelles, mais trop lourde à gérer pour tout un vignoble. » L’investissement, certes élevé, s’amortit sur la durée : il accompagne le vigneron toute une vie, à condition de le protéger des chocs thermiques et de soigner son nettoyage. La gestion de l’oxygène exige également une vigilance particulière. Ainsi, l’amphore s’impose peu à peu comme un choix technique assumé, lié à des cuvées premium souvent en micro-vinification ou en association avec la barrique et l’inox. « Ce n’est pas un effet de mode, insiste Volga Voronovskaïa : les plus convaincus en font leur outil central, d’autres testent sur quelques cuvées. » Les dégustations comparatives le confirment : sur un même millésime, les différences entre amphore, barrique et inox sont perceptibles.

Quand tradition rime avec innovation

Les vins issus d’amphores attirent surtout de nouveaux consommateurs tout en surprenant la clientèle plus traditionnelle. « Beaucoup associent spontanément ces jarres aux Romains. Intrigués, ils se laissent tenter. Et souvent, la dégustation les surprend agréablement : en amphore, le gewurztraminer, habituellement perçu comme un vin sucré, devient sec, tendu, aromatique et puissant », raconte Maxence Weck. Si l’amphore impose des précautions d’usage, elle ouvre également des horizons créatifs. « Le meilleur conseil, conclut Volga Voronovskaïa, c’est de tester. L’expérience finit toujours par convaincre. » En somme, l’amphore relie l’héritage antique aux explorations les plus contemporaines, et rappelle que dans le vin, l’avenir se nourrit toujours du passé.

Florence Jaroniak.

© : V&T Amphores.

En savoir plus :

https://archeologie-vin.inrap.fr/Archeologie-du-vin/Histoire-du-vin/Antiquite-Culture-et-societe

https://www.museecapdagde.com/le-musee/departement-navigation-antique/amphores

Un label pour des vins porteurs du feu sacré

Les vins volcaniques se dotent enfin d’un signe distinctif. Avec « Volcanic Origin », l’Auvergne devient l’épicentre d’une reconnaissance mondiale, entre rigueur scientifique, terroirs d’exception et storytelling magnétique.

Sommaire :

  • Filière en ébullition
  • L’Auvergne à la source
  • Au commencement était la lave
  • Une éruption des sens
  • Une lecture géologique du vin
  • Nouveau continent viticole

Filière en ébullition

Et si le vin tirait sa singularité des entrailles de la Terre ? De l’Etna aux Puys auvergnats, la vigne prospère sur des sols jaillis des éruptions. Une identité forte que le label Volcanic Origin vient aujourd’hui certifier. Ce sceau inédit, déposé à l’INPI, a été lancé le 24 juin à Clermont-Ferrand, lors du Forum Vinora, grand-messe des producteurs mondiaux de vins volcaniques. « Il ne s’agit pas d’une opération marketing mais d’une vraie garantie d’origine, fondée sur un cahier des charges strict pour éviter toute récupération opportuniste », martèle Pierre Desprat, à la tête de la maison Desprat-Saint-Verny et vice-président de Vinora, à l’origine du projet. Pour décrocher ce sésame, les vins doivent contenir au moins 85 % de raisins issus de terroirs volcaniques certifiés, validés par une cartographie géologique et des analyses de sol. Les intrants artificiels sont proscrits et chaque cuvée fait l’objet d’un double contrôle interne et externe.

L’Auvergne à la source

L’idée de Vinora est née d’un manque : celui de notoriété, face à des poids lourds comme Chablis ou Meursault. « On ne peut pas simplement dire que notre vin est bon ou différent : encore faut-il expliquer pourquoi », insiste Pierre Desprat. Le déclic ? Un acheteur de la SAQ à Montréal, d’abord peu intéressé par les cuvées auvergnates, qui change d’avis en apprenant leur origine volcanique. « J’ai compris que nous avions un terroir exceptionnel que nous ne savions pas valoriser. » Fondée il y a sept ans par un collectif de vignerons, distributeurs et chercheurs, l’association Vinora s’associe dès 2019, à l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) pour entamer un programme de recherche avec les universités de Dijon et Montréal. Trois études plus tard, le verdict est clair : le sol volcanique imprime bien une signature au vin tout en renforçant la résilience des vignes.

Au commencement était la lave

Mais de quel terroir parle-t-on ? « Il n’existe pas un sol volcanique, mais une formidable diversité géologique », explique le géologue Charles Frankel. Gabbro, scories, pouzzolane, pierre ponce… « Ces roches nées de la lave, poreuses et fracturées, facilitent l’enracinement et retiennent l’eau comme à Santorin où la vigne pousse sur une pierre ponce issue d’une éruption survenue en 1612 avant J.-C. dans un climat quasi désertique. » Certaines se dégradent en argiles, ou en pépérites, un mélange de basalte et de calcaire qui apporte une richesse minérale rare, notamment en Auvergne. « Cultiver sur un volcan actif, c’est un peu jouer à la roulette russe » admet l’expert. « Mais ce risque ponctuel est largement compensé par les atouts du relief volcanique. Altitude, exposition, pente, microclimats… en font un laboratoire à ciel ouvert, en particulier pour s’adapter au réchauffement climatique. »

Une éruption des sens

Pour autant, « prétendre reconnaître un vin volcanique à l’aveugle serait prétentieux », reconnaît John Szabo. Ce Master Sommelier, référence mondiale du genre, évoque plutôt des traits communs. « Sel, mâche et puissance », résume-t-il, en reprenant le sous-titre de son livre. Charles Frankel nuance : « Chaque volcan a vu naître ses propres cépages, fruits d’une longue co-évolution entre l’homme et le sol comme le Nerello Mascalese sur l’Etna. » Même volcan, styles différents : selon l’altitude, l’exposition, ou encore la vinification, les profils varient. Difficile donc de comparer, « sauf exception comme en Oregon, où un même pinot noir planté à altitude égale donne un profil fruité sur basalte, et plus complexe sur calcaire. » Une chose est sûre : les vins volcaniques brillent à table. « Et surtout, ils racontent une histoire que les sommeliers adorent partager, et que les amateurs aiment entendre. Ce qui enrichit considérablement l’expérience de dégustation » pointe John Szabo.

Une lecture géologique du vin

« Le prisme volcanique offre une nouvelle grille de dégustation, non pas horizontale ou verticale, mais transversale» observe Charles Frankel. Pour John Szabo, Volcanic Origin introduit ainsi « une manière intelligente de considérer le vin, porteuse pour des consommateurs nouveaux ou plus jeunes. Parmi toutes les références géologiques possibles, volcanique est sans doute la plus engageante car elle fascine un large public. » Et le mouvement prend de l’ampleur. « J’écris sur les vins volcaniques depuis 15 ans. Leur reconnaissance explose. Ce n’est plus une niche mais une catégorie à part entière. » Et le marché suit : les Côtes-d’Auvergne (350 hectares) écoulent 100 % de leur production chaque année. La demande dépasse l’offre, et les prix ont bondi de 26 % en 7 ans. Chez les cavistes parisiens comme sur les cartes des grands restaurants, la rubrique « vins volcaniques » gagne du terrain.

Nouveau continent viticole

L’engouement se traduit aussi du côté des producteurs. Déjà quarante domaines ont candidaté à Volcanic Origin. Objectif : atteindre une centaine d’ici fin 2025. Tandis que John Szabo pilote la dynamique nord-américaine, Vinora trace la voie en Europe. Prochaine étape : une présentation de ses travaux scientifiques début 2026 à New York avant un futur salon international aux Canaries. « Dans un univers viticole parfois jugé complexe, les vins volcaniques séduisent par leur lisibilité. Ils affirment la primauté du terroir sur le cépage, tout en convoquant un imaginaire puissant et accessible » insiste Pierre Desprat. Six régions françaises sont concernées (Alsace, Ardèche, Auvergne, Beaujolais, Languedoc et Provence) et 2 % du vignoble mondial. Soit une goutte dans l’océan viticole, mais des vins qui embrasent la planète.

Florence Jaroniak © vins volcaniques/Maison Desprat Saint-Verny

En savoir plus :

www.volcanicwinesinternational.com/szabo

www.dunod.com/vie-pratique/vins-feu-decouverte-terroirs-volcans-celebres

Le bouchon, matière à recycler, matière à créer

Le bouchon en liège, matériau noble et naturel, ne se résume pas à son usage en bouteille. Grâce à des initiatives citoyennes, industrielles et artistiques, il connaît une seconde vie insoupçonnée. Gros plan sur un recyclage exemplaire… et inspirant.

 

Sommaire :

  • Le liège, champion discret de l’écoresponsabilité
  • Une filière solidaire et engagée
  • Défi logistique
  • Une usine à la manœuvre
  • Le bouchon devient œuvre d’art
  • Un geste simple, un impact réel

 

Le liège, champion discret de l’écoresponsabilité

Petit par la taille mais grand par sa mission, le liège est l’ange gardien du vin. Compressible, étanche et peu perméable aux gaz, il lui permet de respirer tout en le préservant. Et ses qualités vont bien au-delà : résistant à l’humidité, au feu, aux insectes et à l’usure, il est aussi un excellent isolant thermique et acoustique. Récolté sans coupe d’arbres, il est enfin entièrement naturel, biodégradable et recyclable. Sa capacité à connaître de nouveaux usages a donné naissance à une vraie filière, impulsée dès 2010 par la Fédération Française du Liège. « La France est aujourd’hui le leader mondial du recyclage des bouchons en liège, avec 15 % du gisement recyclé, soit près de 400 tonnes par an », souligne Jean-Marie Aracil, son secrétaire général.

Une filière solidaire et engagée

Aujourd’hui, plus de 2 000 urnes de collecte fixes maillent le territoire – chez les cavistes, vignerons, épiceries, ou encore au musée du liège et du bouchon de Mézin – auxquels s’ajoutent des points ponctuels. La revente des bouchons en liège collectés à des industriels finance des actions caritatives et environnementales. Résultat : plus d’un million d’euros redistribués aux associations collectrices et plus de 15 000 chênes-lièges plantés. Cette dynamique repose à la fois sur des consommateurs plus attentifs aux matériaux naturels et réutilisables, et sur des entreprises soucieuses de limiter leur impact. Elle s’appuie aussi sur le succès du bouchon en liège, qui équipe sept des dix bouteilles de vin les plus vendues en France (Nielsen, 2022).

Défi logistique

Transformé en granulés, le liège recyclé trouve plus d’une centaine de débouchés de l’aéronautique à la mode, dont une trentaine dans la construction. Mais il ne redeviendra jamais bouchon : « Chaque bouchonnier applique des formulations spécifiques et des analyses rigoureuses pour garantir la conformité du contact alimentaire. Ce niveau d’exigence rend le liège recyclé incompatible avec le bouchage », précise Jean-Marie Aracil. Malgré les progrès de la collecte, le modèle reste délicat. « Il faut réunir environ 50 000 bouchons, soit une palette, pour assurer un transport écologique et rentable. Et même en recyclant les 4 000 tonnes disponibles chaque année, les volumes resteraient trop faibles pour pérenniser une filière nationale. Le liège est donc expédié au Portugal, où il est valorisé avec d’autres apports venus d’Europe », ajoute Jean-Marie Aracil.

Une usine à la manœuvre

Une exception tricolore : Agglolux-CBL, implantée à Soustons (Landes). « Depuis 1929, notre entreprise transforme le liège en une grande diversité de produits », explique son directeur Pierre Biénabe. « Une partie de la matière première provient des déchets des bouchonniers, mais aussi de bouchons recyclés achetés à des associations partout en France. » Seul industriel liégeur à recycler les bouchons en France, Agglolux-CBL conçoit panneaux, rouleaux, matériaux d’isolation ou objets de décoration. L’entreprise collabore également avec des structures engagées, comme COHAB*, avec qui elle a développé des nichoirs bioclimatiques isolés en liège recyclé. « Notre force, c’est de pouvoir répondre aux besoins des porteurs de projets, notamment dans une logique RSE », affirme Pierre Biénabe.

Le bouchon devient œuvre d’art

Le réemploi inspire aussi les créateurs. Pour David Mishkin, artiste américain francophile, les bouchons en liège prolongent le souvenir du vin et sont de véritables symboles de vie. « Les bouchons usés ont, à mes yeux, bien plus de valeur que les neufs. » Son art, entre sculpture, mosaïque et œuvre en relief, joue avec les formes et les volumes. Il a ainsi réalisé une croix monumentale à partir de 3 000 bouchons de Bourgogne issus de bouteilles de la vigne de l’Enfant Jésus. Une autre œuvre marquante utilise des bouchons de Vouvray, extraits d’une cave troglodytique murée pendant la guerre pour échapper aux Nazis. « J’ai trié 25 000 bouchons dont seuls 3 000 étaient encore exploitables » raconte-t-il. Membre de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin depuis 52 ans, il conserve aussi les bouchons de ses dégustations : « Le vin m’a fait découvrir le liège, m’a appris à en reconnaître la valeur et à en faire quelque chose de beau. » Il aime rappeler que Dom Pérignon a mis en lumière la capacité du bouchon en liège à retenir la pression du Champagne. « J’ai eu l’honneur de goûter une bouteille vieille de plus de 180 ans, repêchée d’un navire naufragé. Grâce à ce matériau, le vin était resté parfait. »

Un geste simple, un impact réel

Citoyens, associations, professionnels… touss’unissent pour donner une seconde vie au bouchon en liège. Et si l’objectif européen de30 % de recyclage d’ici 2030 peut sembler ambitieux, les acteurs français restent confiants : « Nous sommes déjà au-delà de 15 % avec les moyens actuels », rappelle Jean-Marie Aracil. Alors, la prochaine fois que vous ouvrez une bouteille, ne jetez pas le bouchon : déposez-le dans un point de collecte. Ce petit geste peut faire pousser un arbre, isoler une maison, ou inspirer une œuvre d’art !

Florence Jaroniak, © nataliazakharova/Adobestock

*L’association COHAB développe des solutions permettant d’intégrer la biodiversité en ville.

https://planeteliege.com

Quand la vigne teste son futur

Face au changement climatique, la viticulture française passe à l’action. Avec Vitilience, elle se dote d’un outil inédit, à la fois stratégique et concret. Son atout maître ? Un réseau de démonstrateurs qui testent, à ciel ouvert, des solutions pensées pour et avec les territoires.

Sommaire :

  • Un réseau qui s’étoffe
  • Des laboratoires grandeur nature
  • Sobre, durable, réplicable
  • Une intelligence collective à l’œuvre
  • Inscrire le changement dans la durée

Un réseau qui s’étoffe

Et de huit ! Quatre nouveaux sites ont rejoint le réseau national des démonstrateurs* du programme Vitilience, piloté par l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) et financé par FranceAgriMer (7,5 millions d’euros sur 2024-2028). Objectif affiché : atteindre une vingtaine de plateformes d’expérimentation d’ici 2028 réparties dans tous les bassins viticoles. « De nouvelles candidatures sont actuellement examinées par le comité scientifique. Conformément aux recommandations du métaprogramme INRAE-LACCAVE, à l’origine du plan d’action national d’adaptation au changement climatique de 2021, Vitilience mise sur un fort ancrage territorial, un point essentiel pour répondre à la diversité des effets régionaux du climat », explique Mélissa Merdy, ingénieure à l’IFV et coordinatrice nationale. Autre évolution : là où les travaux portaient souvent sur des leviers isolés, ce projet privilégie désormais les combinaisons gagnantes. « Il s’agit d’adapter les pratiques mais aussi d’atténuer leur impact environnemental, en passant d’approches monofactorielles, à une logique systémique et de la recherche fondamentale, à des expérimentations prêtes à être partagées et répliquées. »

Des laboratoires grandeur nature

À la fois outil technique et collectif, chaque démonstrateur associe des parcelles viticoles, un chai expérimental et une gouvernance locale représentative des parties prenantes, chargée de définir les priorités, de sélectionner les pratiques à tester et de piloter les essais. Dans le Beaujolais–Jura–Savoie, le projet Vitopia 2051, mené par la SICAREX Beaujolais**, illustre cette dynamique. « Dès 2018, nous avons expérimenté plusieurs leviers agronomiques : filets anti-grêle servant aussi d’ombrage, ajustement de la hauteur de tronc pour limiter le stress thermique, réduction de la surface foliaire, sélection de gamay à débourrement plus tardif pour éviter des vendanges trop précoces », détaille Sophie Penavayre, directrice de la SICAREX, responsable technique d’Inter Beaujolais et animatrice référente du projet. « Mais ces leviers étaient testés séparément. Grâce à Vitilience, on peut désormais les combiner dans une démarche cohérente avec les pratiques des vignerons. »

Sobre, durable, réplicable

À partir de septembre, Vitopia 2051 ouvrira un nouveau volet autour de la vinification « sobre » : moins d’eau, moins d’énergie, moins d’intrants. Plusieurs pistes seront explorées, de la régulation thermique à l’hygiène, en passant par le soufre ou les levures. Un essai sur le réemploi des bouteilles viendra compléter cette approche, couvrant l’ensemble de la chaîne de production. En parallèle, la SICAREX planche sur la vigne du futur. Une parcelle dédiée accueillera des essais sur de nouveaux cépages, porte-greffes, systèmes de conduite et aménagements agroécologiques. « L’idée est de construire un modèle reproductible, tout en assumant la part d’incertitude propre à l’innovation. C’est un rôle que les vignerons ne peuvent pas toujours endosser seuls », souligne Sophie Penavayre.

Une intelligence collective à l’œuvre

Conçu dès l’origine comme un projet collectif, Vitilience rassemble une vingtaine de partenaires nationaux (INRAE, INAO, CNIV, etc.) et repose sur un binôme référent-animateur dans chaque région pour adapter les objectifs aux réalités locales. En Champagne, les efforts se concentrent sur la préservation des arômes ; en Occitanie, sur la gestion de l’eau ; dans le Val de Loire, sur l’ajustement des pratiques… « Certaines adaptations, comme la densité de plantation, impliquent des choix durables. Ce sont des décisions difficiles à modifier une fois en place », rappelle Mélissa Merdy. D’où l’importance d’un accompagnement de long terme.

Inscrire le changement dans la durée

Mais voilà : quatre ans, c’est peu à l’échelle d’une culture pérenne. Pour dépasser cette limite, un ingénieur modélisateurdoit être recruté en partenariat avec l’INRAE, afin de produire des projections à long terme et évaluer la robustesse des solutions testées. « Vitilience, c’est un point de départ, pas une fin », insiste Mélissa Merdy. Le programme prévoit des journées techniques, visites de terrain, ateliers, vidéos et conférences pour diffuser les résultats et encourager leur appropriation. « À terme, nos travaux pourraient aussi nourrir l’évolution des cahiers des charges ou des dispositifs d’évaluation des innovations. Si ça marche, tant mieux. Dans le cas contraire ce sera déjà une réponse de recherche ! », conclut Sophie Penavayre. À l’heure où la viticulture se réinvente, l’expérimentation fait office de boussole. Pour ne pas perdre ses raisins… ni sa raison.

Florence Jaroniak. ©lorenza62/ AdobeStock

En savoir plus : www.vignevin.com/vitilience/le-projet/

www.vignevin.com/vitilience/les-demonstrateurs/vitopia-2051

*Viticors’Alti (CRVI, Corse), Demoniacc (Chambre d’agriculture de Gironde), Vitopia 2051 (SICAREX, Beaujolais-Jura-Savoie), Résiloire (IFV de Montreuil-Bellay), Combioclim (Chambre régionale d’agriculture d’Occitanie), 3C (BNIC, Cognac), Adam (Centre du Rosé) et Motives (IFV Orange).

** SICAREX Beaujolais : centre de recherche appliquée en viticulture et œnologie, créé par la profession, doté de parcelles expérimentales et d’un chai au Domaine du Château de l’Éclair.

Le Blanc de noirs sort de sa bulle

Longtemps réservé aux effervescents, le Blanc de noirs s’invite désormais à table dans sa version tranquille. Un contrepied technique et commercial, qui séduit vignerons et cavistes.

Sommaire :

  • Changer de cap sans changer de cep
  • Le Sud prend le virage
  • L’innovation enracinée dans le bon sens
  • Une technique exigeante
  • Des cuvées qui intriguent
  • Allié polyvalent à table
  • Une vague de fond

Changer de cap sans changer de cep

Dans la grande maison du vin, les murs bougent. Et certains domaines, plutôt que d’abattre les cloisons, redessinent les pièces avec les matériaux déjà disponibles. Ainsi pourrait-on résumer le virage entrepris par des vignerons qui, sans replanter, tirent parti de leurs cépages rouges pour produire des blancs de noirs… tranquilles. Jadis cantonnée au Champagne, cette pratique consiste à presser directement les raisins à peau noire, puis à les vinifier à la manière d’un vin blanc. Source de diversification et réponse habile à la désaffection des consommateurs pour les vins rouges, ces cuvées gagnent du terrain, notamment dans les vignobles méridionaux.

Le Sud prend le virage

En Roussillon, par exemple, les vignerons ont commencé à replanter du blanc mais le rééquilibrage sera long : l’AOP Collioure blanc n’est née qu’en 2003. En complément, quelques domaines misent sur le blanc de noirs comme la Maison Parcé Frères, pionnier du genre en 2019, avec le Domaine Augustin et La Préceptorie. « Notre vignoble est historiquement orienté vers le rouge, notamment en vins doux naturels transformés progressivement en secs. Si nous couvrons bien ce marché, en revanche, le blanc nous faisait défaut alors qu’il est devenu la couleur préférée des Français », explique Vincent Parcé.

L’innovation enracinée dans le bon sens

Autre avantage : l’indépendance vis-à-vis de la saisonnalité. Longtemps productrice de rosés à la robe soutenue, la région a vu sa typicité bousculée par l’essor des profils pâles. « Nous avons préféré ne pas suivre cette tendance, pour éviter l’effet « millésime-minute ». Un rosé, s’il est en rupture au 1er août, ça râle ; s’il en reste au 31 août, plus personne n’en veut. Le blanc de noirs, lui, se vend toute l’année », souligne le vigneron. L’approche présente également des avantages agronomiques face au réchauffement climatique : elle permet au vigneron de vendanger plus tôt, dès le mois d’août, sans attendre la pleine maturité phénolique, tout en obtenant des vins autour de 12,5 à 13°, plus légers, en phase avec la demande actuelle.

Une technique exigeante

La méthode, bien que connue, exige une rigueur qui commence  par le choix du cépage. Exit syrah et carignan, jugés trop colorants, au profit du grenache noir et du lladoner pelut. « La récolte des raisins parfaitement sains se fait en légère sous-maturité, puis on presse délicatement pour éviter l’extraction de couleur sachant que dès le départ, notre objectif était de vinifier sans agent décolorant de type charbon », détaille Vincent Parcé. « Le défi a été de conjuguer clarté des jus et rendements économiquement viables. Ce travail s’est affiné au fil du temps : protocoles de pressurage, fermentation malolactique – que nous ne faisions pas sur nos blancs, mais qui réduit encore un peu la couleur –, puis élevage en fûts pendant 7 mois, avec bâtonnages sur lies quotidiens. »

Des cuvées qui intriguent

Les efforts se voient récompensés : cette production est passée de 1 000 bouteilles en 2019, à près de 10 000 cols aujourd’hui.Romy Touchet, responsable magasin de la Cave des Chouans (Jard-sur-Mer), observe de son côté, une curiosité grandissante : « Nous avons intégré un blanc de noirs tranquille à notre sélection pour sa singularité. Cet intérêt pour les cuvées atypiques est marqué chez les 30–40 ans. Au-delà de 50 ans, les habitudes sont plus ancrées. » À ce jour, aucun client ne demande spontanément ce type de vin, faute de le connaître. « Il faut fournir davantage d’explications sur la vinification, les cépages, le profil… Cela demande un vrai travail de pédagogie », ajoute cette caviste.

Allié polyvalent à table

Contrairement à sa version effervescente, le blanc de noirs tranquille propose une approche plus accessible, plus quotidienne et une typicité marquée. « Le pinot noir que nous référençons conserve une belle expression : une matière vineuse équilibrée par de la fraîcheur, une minéralité subtile et un fruité bien présent. Les blancs de noirs élargissent ainsi les accords, au-delà des plats associés aux blancs classiques. C’est un profil qui plaît et nous envisageons d’enrichir notre offre avec d’autres cuvées de ce type », conclut Romy Touchet.

Une vague de fond

S’il reste des freins, notamment des rendements en jus plus faibles et parfois un manque de lisibilité sur les techniques de vinification utilisées, le mouvement fait tache d’huile et dépasse les frontières du Roussillon. De la Corse (Domaine Giudicelli, Comte Peraldi…) à la Loire (Domaines Mourat,Couly-Dutheil….), en passant par Bordeaux (Château Peybonhomme-les-Tours, Château Castera, Domaines Bourotte-Audy…) et la Provence (Château Grand Boise, Clos des B…), les initiatives fleurissent. Porté par une logique de valorisation, le blanc de noirs tranquille n’est plus une curiosité : il prend peu à peu sa place. Celle d’un vin caméléon, capable de brouiller les pistes sans perdre en précision.

Florence Jaroniak. © Pexels (Cup of Couple)

Quand le vin fait l’habit

Design, stratégie, perception sensorielle… L’étiquette d’une bouteille est devenue bien plus qu’un simple habillage. Vecteur de sens, elle raconte, influence et fait vendre.

Sommaire :

  • Un signe distinctif… vieux comme le vin
  • Déclencheur d’achat et support d’identité
  • Identifier sa cible, parler juste
  • Entre quête de sens et naturel
  • Innovation stratégique

Un signe distinctif… vieux comme le vin

Avant même que les premières étiquettes en papier ne fassent leur apparition au XVIIIᵉ siècle, les marchands de vin valorisaient déjà le contenu de leur jarre. Au Musée du Louvre, un fragment remontant à l’époque de Ramsès II (-1279 à -1213), retrouvé en Égypte, indique l’origine du vin qu’il renfermait. Aujourd’hui, l’étiquette ne se contente pas d’informer : elle attire l’œil et oriente la main au moment de choisir. Selon un sondage Opinion Way pour les Vignerons Indépendants (2023), sept Français sur dix la considèrent comme un critère important lors de l’achat. Une étude récente de la Washington State University révèle en outre que le design agit sur nos perceptions et nos intentions d’achat.

Déclencheur d’achat et support d’identité

Les consommatrices américaines interrogées privilégiaient ainsi les étiquettes aux codes visuels dits féminins : fleurs, visages,… « Elles s’attendaient aussi à une meilleure expérience sensorielle globale et étaient plus susceptibles d’acheter le vin », note Ruiying Cai, autrice principale de l’étude. Et cela vaut pour les plus averties : « L’influence de ces signaux de genre était si forte qu’elle surpassait même la connaissance du produit », ajoute Christina Chi, co-autrice de l’étude. Lors d’un test à l’aveugle, un même vin a été perçu comme fruité et doux avec une étiquette féminine, plus minéral avec une version masculine. « L’étiquette est un véritable support d’identité. Tout comme on la colle sur la bouteille, on l’appose symboliquement sur ce que représente le vin et qui est bien plus qu’un produit » confirme Sophie Javel, co-fondatrice d’Exceptio, studio de design spécialisé dans le vin et les spiritueux, à Gradignan.

Identifier sa cible, parler juste

Premier contact visuel avec le consommateur, l’étiquette est un marqueur destiné à refléter la singularité du produit. « L’habillage implique une cohérence entre ce que l’on voit et ce que l’on boit et s’inscrit plus largement dans une stratégie de communication globale. Il s’agit de raconter sans forcément inventer, le storytelling ne signifiant pas que l’on fabrique des histoires, mais que l’on donne du sens à ce que l’on fait. » La bonne étiquette doit par conséquent parler au bon public, de la bonne manière. « Il faut définir sa cible et la respecter. L’habillage ne sera pas le même pour un vin patrimonial chargé d’histoire, que pour une cuvée jeune, plus accessible, orientée vers une consommation quotidienne » insiste Sophie Javel. Le ton, les couleurs, les formes, la typographie doivent être adaptés y compris au lieu de vente : caviste, grande distribution…

Entre quête de sens et naturel

Un grand cru peut-il jouer la carte de la fantaisie ? Un vin nature peut-il s’habiller de classicisme ? La réponse est oui, mais avec subtilité. « Au-delà des effets de mode, la liberté graphique s’exprime au sein de repères clairs pour les consommateurs, lesquels se sont surtout lassés du manque de sens. Quand une étiquette est vraiment réussie, elle transmet quelque chose de juste. Elle raconte ce qu’il y a dans la bouteille, comment cela a été fait, avec quelle intention, peu importe qu’elle soit colorée ou minimaliste. » Autre tendance : une conscience écologique accrue. Mais attention aux raccourcis. Être responsable ne signifie pas forcément choisir un papier recyclé au bilan carbone discutable. « Est-ce que votre philosophie première c’est d’être vertueux ou… de faire un bon produit en tenant compte d’un certain nombre de paramètres ?» interroge Sophie Javel, en évoquant différentes options : papier plus fin, encre à base d’eau, absence de dorure, étiquette facilement décollable et forme de la bouteille permettant le recyclage. Une sobriété parfois invisible, mais cohérente. Même le langage visuel évolue : moins de représentations de châteaux, notamment dans le Bordelais, et davantage de paysages « pour replacer la vigne dans un écosystème et montrer son ancrage dans un environnement vivant. »

Innovation stratégique

La technologie n’est pas absente de l’habillage : QR code obligatoire pour les nouvelles informations règlementaires souvent doublé d’un QR code plus narratif menant à un site internet, réalité augmentée… Mais ces usages restent marginaux. « Le lien entre l’étiquette physique et le numérique va sans doute se renforcer. Toutefois, la modernité ne se loge plus dans une innovation technique mais dans l’association intelligente d’éléments qui vont rendre cet ensemble parlant » conclut Sophie Javel. L’innovation devient une affaire d’assemblage, à l’image du vin lui-même. Et l’étiquette cristallise aujourd’hui des enjeux bien plus larges que la simple présentation d’un produit. Loin de tourner le dos aux traditions, elle les actualise à la lumière des nouvelles attentes : plus de sens, plus de sincérité, plus de responsabilité. Certaines maisons en ont fait un art en soi. Chaque année depuis 1945, le Château Mouton Rothschild confie l’étiquette de son nouveau millésime à un artiste différent. Pour le 2022, c’est Gérard Garouste qui s’est prêté à l’exercice. Objet de collection et levier marketing, un simple rectangle de papier vaut parfois mille discours.

Florence Jaroniak. © Taka/AdobeStock

Plus d’infos :

https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010073861https://news.wsu.edu/press-release/2024/10/01/women-more-likely-to-choose-wine-with-feminine-labels/

Une expérience œnologique de haut vol

Outil stratégique des compagnies aériennes, la carte des vins servis en classe premium ne cesse de gagner en prestige. Ce marché en pleine expansion mobilise des investissements conséquents, propulsant certains domaines viticoles vers de nouveaux horizons.

Sommaire :

  • Un atout de séduction en altitude
  • Une montée en gamme continue
  • Un marché en plein essor
  • Des stratégies viticoles ambitieuses
  • Formation et expertise

Un atout de séduction en altitude

Sièges inclinés, lumières tamisées : en première classe, l’hôtesse s’approche pour offrir une boisson. Champagne, naturellement. Depuis décembre 2024, Singapore Airlines sert le Cristal 2015, fruit d’un accord avec la maison Louis Roederer quand Emirates, fidèle à son partenariat de 33 ans avec Moët Hennessy, détient des droits exclusifs sur huit millésimes d’exception. Fini le temps où l’offre en vol se limitait au duo sandwich-soda : dès 1927, Air Union – future composante d’Air France – innovait sur la ligne Paris-Londres en instaurant un service gastronomique digne de l’Orient-Express. Depuis, le vin est devenu une signature du voyage haut de gamme. Ainsi, Air France a progressivement affiné sa sélection, faisant déjà appel, dans les années 1960, à l’expertise d’œnologues indépendants. Elle a ensuite confié sa carte des vins et champagnes à Paolo Basso, Meilleur Sommelier du Monde, avant de passer le relais à Xavier Thuizat, Meilleur Sommelier de France 2022, MOF 2023 et grand prix de la sommellerie 2024 du guide Michelin.

Une montée en gamme continue

Aujourd’hui, la compagnie sert plus de 9 millions de bouteilles par an. Sa carte est renouvelée trois fois par an, avec une offre premium toujours plus ambitieuse. Car le confort des cabines ne suffit plus : le vin pèse désormais lourd dans la balance pour conquérir les passagers des classes avant, les plus rentables pour les transporteurs. Cette course vers l’excellence se traduit d’ailleurs par des concours (Cellars in the Sky Awards et Wines on the Wing) qui consacrent chaque année les meilleures sélections des compagnies. « Atout majeur dans l’expérience d’un passager, la carte des vins est censée lui offrir un moment agréable et faire voyager ses papilles en lui permettant de découvrir de nouvelles appellations et de nouveaux talents. Elle doit refléter l’actualité des vignobles et les tendances, comme la propension à boire moins, mais mieux, ou à privilégier les vins rouges plus digestes, élégants et rafraîchissants », explique Xavier Thuizat, qui choisit avant tout les cuvées pour leur capacité à procurer une émotion. « A la dégustation, je dois ressentir le lieu et l’authenticité d’un terroir. »

Un marché en plein essor

Alors que la consommation de vin recule au sol, elle explose en vol. Lufthansa, par exemple, lance chaque année 30 à 35 appels d’offres donnant lieu à une dizaine de dégustations d’experts internes et externes. Le marché, en pleine effervescence, suit la croissance globale du secteur : selon l’IATA, l’Association internationale du transport aérien, les compagnies attendent 5,2 milliards de passagers en 2025 (+6,7 % par rapport à 2024), générant des bénéfices records de 36,6 milliards de dollars (+16,1 % en un an). Pour les domaines viticoles, se retrouver à bord des avions est une opportunité en or. Ils vendent une partie de leur production, tout en se faisant connaître auprès d’une clientèle internationale qui pourra les retrouver une fois au sol. Certains ont même su transformer ce marché en tremplin pour l’export. Encore faut-il réussir à embarquer : une commande peut atteindre 60 000 bouteilles d’un coup, un volume que peu de producteurs ont la capacité ou l’envie de fournir, d’autant que certaines compagnies tirent les prix vers le bas.

Des stratégies viticoles ambitieuses

A contrario, nombre d’entre elles n’hésitent pas à investir massivement. Depuis 2006, Emirates a injecté plus d’un milliard de dollars dans son programme viticole. Elle possède sa propre cave en Bourgogne, où vieillissent 7,4 millions de bouteilles, dont certaines ne seront servies qu’à partir de 2037. Chacune des quatre cabines de la compagnie dispose en outre de sa propre sélection, adaptée pour la Premium aux préférences gustatives des passagers selon six zones géographiques. Pour perfectionner son service, Emirates a même lancé en juin 2024 un programme de formation intitulé « L’art du vin ». Trois niveaux de cours intensifs ont déjà bénéficié à plus de 1 000 membres d’équipage, avec un objectif de 22 000 d’ici 2026. Une initiative qui illustre la valeur ajoutée croissante du savoir-faire du personnel dans l’expérience client.

Formation et expertise

« Comme pour les chefs qui élaborent les plats servis à bord, je prépare avec les équipes Air France des formations pour les équipages, sous forme de vidéos courtes expliquant la carte, donnant quelques conseils et anecdotes sur les domaines et appellations », souligne Xavier Thuizat. Singapore Airlines instruit son personnel selon les accréditations du Wine and Spirit Education Trust (WSET). Delta a mis en place son programme Sky Sommelier avec Andrea Robinson. Poussant le bouchon plus loin, British Airways propose un club de vin, The Wine Flyer, permettant aux passagers d’acheter des bouteilles en ligne après les avoir dégustées en vol. Et Air New Zealand a déployé ses ailes dans la vinification en lançant sa propre cuvée, Thirteen Forty Five, avec Villa Maria. Alors que l’aviation affûte ses armes de différenciation, certaines maisons anticipent l’avenir : Mumm a pensé son Cordon Rouge Stellar pour les futurs vols spatiaux habités. Preuve que le vin ne cesse de repousser les frontières… jusque dans l’espace.

Florence Jaroniak.

© Air France.

Sources :

https://corporate.airfrance.com/fr/actualites/xavier-thuizat-devient-le-nouveau-chef-sommelier-dair-france

https://www.emirates.com/media-centre

https://www.lufthansa.com/fr/fr/decouvrez-l-offre-de-vins

https://www.businesstraveller.com/features/on-cloud-wine-cellars-in-the-sky-2024

www.globaltravelerusa.com

https://www.iata.org/contentassets/f32de4cd05e2498a824e67fadd658cb7/2024-12-10-01-fr.pdf

Cultiver la résilience : la promesse de la viticulture régénérative

Face aux défis du dérèglement climatique, la viticulture régénérative s’impose comme une alternative durable. En s’appuyant sur le tryptique sol, arbre et eau, elle vise à recréer un écosystème viticole plus résilient et productif.

Sommaire :

  • Le sol au cœur du modèle
  • Animal et végétal
  • Hydrologie régénérative
  • Approche globale

Le sol au cœur du modèle

Ne cherchez pas. La viticulture régénérative ne répond ni à une définition ni à un label officiel unique, même si des certifications émergent pour encadrer et valoriser les pratiques qu’elle recouvre notamment le programme Regenerative Organic Certified (ROC) créé en 2017 par l’association Regenerative Organic Alliance, aux États-Unis. « Les viticulteurs intéressés par la démarche partent d’abord du principe que des sols sains produisent des vignes résistantes et des vins de meilleure qualité », explique Alain Malard, consultant en viticulture-œnologie (Permavinea), formateur en agroécologie et auteur. Pour restaurer les qualités dégradées ou perdues du sol, certains commencent par mettre en place du compost, du biochar et des couverts végétaux… « Semer de l’herbe dans un sol tassé par les passages du tracteur et de la machine à vendanger s’avère toutefois contreproductif » estime Alain Malard qui rappelle la nécessité de fissurer au préalable les terrains compacts « afin de permettre aux racines de descendre, aux vers de terre de remonter et à l’eau de s’infiltrer. »

Animal et végétal

La fertilisation et l’aération du sol passent également par l’intégration d’animaux, et pas seulement des moutons ou des poules. « La faune sauvage contribue aussi à l’amendement organique et sème l’herbe de demain. A condition de réfléchir au choix des couverts végétaux, car le seigle forestier ou la vesse sont peu appétissants pour les oiseaux et les rongeurs », précise Alain Malard. Si un sol rendu vivant va mieux stocker l’eau dont la vigne a besoin, le choix d’un matériel végétal résistant entre aussi en ligne de compte. Cet expert évoque notamment des portes greffes plus longs dans les plantations à venir ou les remplacements, gages d’un enracinement profond qui aidera la vigne à mieux gérer les contraintes hydriques et nutritionnelles. Place ensuite aux aménagements qui permettent de ralentir, de répartir, d’infiltrer et de stocker l’eau de pluie à l’échelle de la parcelle, du domaine et du bassin versant. Il peut s’agir de noues, de mares, de fossés à redents, allant jusqu’au « keyline design », véritable stratégie d’aménagement hydraulique de l’espace.

Hydrologie régénérative

« Les noues sont un endroit particulièrement privilégié pour planter des arbres ou des buissons sous forme de haies qui vont générer un microclimat bénéfique, lutter contre l’érosion, favoriser la biodiversité, capter le carbone, recréer le cycle naturel de l’eau à la fois vers l’atmosphère et dans le sol » souligne encore Alain Malard. Or, pour faire simple, les végétaux font littéralement pleuvoir, comme le rappelait Simon Ricard, consultant-formateur au bureau d’études PermaLab et designer en hydrologie régénérative, lors d’un webinaire organisé en juillet 2023 par le syndicat des vins Côtes de Provence. « Les deux tiers des précipitations continentales proviennent de l’évapotranspiration, directement en lien avec la végétation et les sols, ce que l’on appelle l’eau verte. » Sans elle, le cycle de l’eau dysfonctionne, entraînant une alternance de sécheresses et d’inondations. Voilà pourquoi, « outre la prise en compte des chemins naturels et artificiels de l’eau et des aménagements hydrauliques dans les vignobles, cultiver l’eau verte passe par l‘agronomie, grâce à un sol vivant pour une gestion de l’eau à court terme et par l’agroforesterie pour une gestion à long terme. »

Approche globale

En résumé, la viticulture régénérative demande une approche globale et adaptée à chaque vignoble. Elle croise les pratiques et dépasse l’échelle de la parcelle, pour créer un écosystème durable. « Pour qu’elle devienne la norme, les viticulteurs doivent maintenant mettre le pied sur la deuxième marche de l’escalier » estime Alain Malard. « Ce modèle doit être un moyen d’aller au-delà de la viticulture biologique et non pas de s’exempter parfois de ses contraintes, en se réservant la possibilité d’effectuer un traitement avec des produits de synthèse, au risque de détruire tous les efforts faits en faveur de la biodiversité. » Cette transition nécessite du temps et un travail de réflexion préalable, implique de se former et de changer de paradigme avec des rendements parfois plus faibles au départ. Mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ?

Florence Jaroniak. ©sofa12345678/pxhere

Plus d’infos :

https://regenorganic.org

www.regenerativeviticulture.org/